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Protection de la forêt : veiller à la régénération des arbres
vendredi 31 mai 2019

Deuxième poumon écologique de la planète, la forêt du bassin du Congo est en proie à une exploitation sauvage. En quête de bois pour la cuisson, le chauffage et la fabrication des mobiliers, des exploitants artisanaux et industriels défrichent de jour en jour des espaces verts où ils s’approvisionnent en agrumes de qualité, vitales pour leur commerce. Faisant fi de normes écologiques en vigueur, ils participent à la déforestation, soustrayant progressivement de la nature des espèces qui contribuent à l’équilibre écologique de la planète. Reportage en plein coeur de la République démocratique du Congo.

Depuis une dizaine d’années, Sabine M. s’adonne au commerce de charbon de bois, communément appelé ‘‘makala’’. Matinale, elle se rend tous les jours de bonne heure au marché de Ngaba, l’une de 24 communes de Kinshasa, où elle va s’approvisionner en sacs de charbon.

A 8h00 lorsqu’elle regagne son point de vente, muni d’un chariot plein de sacs bourrés, elle revend sa marchandise en détails pour les ménages du quartier, qui s’en servent pour la cuisson de leurs aliments et autres usages domestiques.«Avant, je vendais deux ou trois sacs par jour. Mais aujourd’hui, j’en vends le triple, car, depuis quelques années, la demande a fortement augmenté», nous raconte Sabine.

“A Kinshasa en effet, la population utilise de plus en plus le charbon de bois pour la cuisson. Pour certains clients, le sac de charbon ne manque plus sur la liste de provision à cause des coupures intempestives du courant électrique”, explique-t-elle. Une situation que l’on rencontre pratiquement dans toutes les 24 communes de la capitale, en proie à un faible taux d’électrification.

Très peu de familles ont ainsi accès à l’électricité. Selon, la Société Nationale d’Electricité (SNEL), la RDC n’exploite que 2,5 % de son potentiel hydroélectrique, estimé à 100.000 MW. Ce qui pousse nombre de foyers à se rabattre sur le charbon de bois

Quand le bois se fait rare

Actif aussi dans la ville de Kinshasa, D. Mbo, menuisier de son état, fréquente régulièrement à ‘‘Wenze ya Mabaya’’ (marché de bois, NDLR), à Mombele, un des quartiers populeux de Limete, où il s’approvisionne en bois d’œuvre afin de réaliser les commandes de meubles de ses clients.

Selon ses confidences, la quantité de bois sur le marché n’est plus la même. Ces dernières années, ce lieu des négoces connaît une carence de bois qui inquiète. Ce qui n’existait pas avant. Aux dires de D. Mbo, les grossistes avancent comme raison que les coupes de bois ne sont plus disponibles dans les zones proches. Ces exploitants sont alors contraints d’aller plus loin dans les forêts pour s’en procurer. C’est pourquoi le prix du bois est revu à la hausse.

“La production et le commerce de ces bois se font de manière informelle et ce, malgré son importance socio-économique. L’absence de cadre juridique et la bonne gouvernance a pour conséquence une récolte de bois non durable qui conduit à la déforestation et à la dégradation des forêts, associées aux émissions de gaz à effet de serre, stipule un rapport du Projet FORETS. Si rien n’est fait, les marchés de Kinshasa, la grande métropole, avec sa démographie galopante risque de connaître des pénuries de bois de chauffage, charbon de bois, bois d’œuvre et même de la viande de brousse”.

Que faire ?

Que faire pour que Kinshasa ne manquent pas de bois dans les années à venir ? Comment préserver les forêts du Congo contre la déforestation et la surexploitation? Les experts congolais et internationaux éclairent l’opinion. Forts de leur expérience au sein du projet FORETS (Formation, Recherche, Environnement dans la Tshopo),coordonné par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et financé par l’Union européenne, ils dévoilent les résultats de leurs études sur les voies et moyens pour préserver les forêts de la RDC.

Pour ces experts, il faut gérer les forêts de manière durable pour ne pas manquer du bois. Pour ce faire, il faut trouver des solutions susceptibles de réduire la pression sur les forêts, et éviter la surexploitation. Le réaménagement forestier étant l’un des outils proposé par les scientifiques, car il permet de reconstituer le stock exploitable et la planification dans l’espace et dans le temps de la récolte de bois. Parce que le taux de reconstitution de la forêt doit être de 50%.

Aussi à travers la biologie du bois, les chercheurs essaient de comprendre le fonctionnement des arbres et leur capacité d’adaptation au changement climatique, afin de sauvegarder les forêts. «Pour que nos forêts continuent de prospérer pour les générations à venir, nous devons d’abord comprendre le fonctionnement des arbres», expliqueChadrack Kafuti, ingénieur forestier congolais de 26 ans, au projet FORETS. C’est dans cette optique que le Musée Royal de l’Afrique centrale en Belgique (MRAC) a ouvert un nouveau laboratoire de biologie du bois dans la Réserve de biosphère de Yangambi.

Comprendre la régénération des arbres

Face à l’abatage non contrôlé d’arbres dans les forêts certaines espèces sont menacées d’extinction. C’est le cas de l’Afrormosia (Pericopsis elata), que l’on retrouve dans la biosphère de Yangambi dans la province de la Tshopo, au nord de la RDC. « L’Afrormosia est une essence très appréciée des fabricants de meubles et des architectes d’intérieur du monde entier pour sa haute résistance, ses belles couleurs et sa finition élégante. Cependant, les experts craignent son extinction sauf si son exploitation est réglementée et si sa régénération est assistée » renseigne un article du site CIFOR.

Pour aider à résoudre ce problème, les scientifiques essaient de comprendre la régénération naturelle de cet arbre. Brice Djilock, étudiant camerounais en gestion des forêts et des espaces naturels à la Faculté des bio ingénieurs, à l’Université catholique de Louvain, s’intéresse à la sauvegarde de cette espèce.

Afin de comprendre le travail du jeune scientifique, nous l’avons accompagné dans la forêt non aménagée et aménagée de Yangambi. Trente-cinq minutes, après avoir quitté l’arbre surnommé « Arbre de l’authenticité » (Pachylasmatestamii), qui totaliserait 350 ans, les sentiers deviennent plus étroits. Chaussés de botte, nous marchions sur le sol humide couvert de feuilles mortes. L’air est lourd. Les papillons et autres insectes virevoltaient autour de nos visages. Les rayons de soleil avaient du mal à pénétrer les branches de feuilles des grands arbres de cette forêt. Les stridulements des criquets et les croassements des crapauds se mêlent aux chants des oiseaux.

Après l’odeur des feuilles morte se croissant avec à celle des fruits tombés en état de putréfaction, non loin du site d’implantation de la tour à flux, l’odeur suave du Mukubi (Scorodopheus Zenheu), arbre dont les feuilles et les graines sont utilisés comme épices dans la préparation des mets congolais, saisissent l’odorat. Dans cette partie de la biosphère, nous avons pu apercevoir quelques Afrormosia dotés d’Andromède et de caméra, appareils qui enregistrent les données et permet aux experts de veiller à la croissance des arbres.

Du côté du bloc aménagé de la biosphère de Yangambi, le jeune scientifique nous a fait voir plusieurs jeunes espèces de bois. 247 hectares divisés en bloc de 100 hectares sont réservés à la sylviculture. « La régénération naturelle des populations d’Afrormosia semblent difficile. Mais à Yangambi, nous avons trouvé des poches de régénération naturelle résultant d’aménagement effectué par les chercheurs belges il y a plus de 60 ans. Bien que, nous ne maitrisons pas encore les méthodes appliquées par ces chercheurs mais nous essayons de les décrire au mieux » renseigne l’étudiant camerounais.

Des découvertes significatives

« Découvrir le secret de croissance de cette essence signifie aussi une chance pour les communautés forestières de développer des pratiques sylvicoles durables et de répondre à la demande croissante de bois tropicaux cultivés et récoltés dans des conditions qui protègent l’écologie fragile menacée par les populations et la déforestation » assure déclare Nils Bourland, scientifique senior au MRAC.

L’Afrormosia coute cher et très recherché. Gérer son exportation dans les règles pourra aider l’Etat congolais à renflouer ses caisses et redonner ainsi du boum à son économie. Cependant, déplore C. Kafuti, il n’y a pas assez d’ingénieurs formés en RDC. Pour ce, l’Etat congolais devrait renforcer les capacités de la population en formant assez d’expert en foresterie pour mener le travail.

Forêt du Congo centre du monde

De par son étendue et de sa riche diversité biologique, la forêt de la RDC constitue un potentiel économique, social, culturel et écologique énorme. Elle détient 60% de la forêt du bassin du Congo qui est la deuxième plus grande forêt tropicale humide du monde, après l’Amazonie. Le bassin du Congo contribue à la conservation de la biodiversité et au stockage du carbone, en atténuant les effets du changement climatique, rapporte un document de Greenpeace.

À cet égard, sa conservation est une priorité à l’échelle nationale d’abord et internationale ensuite de par son rôle majeur dans la séquestration des gaz à effet de serre. Car, cette forêt stocke plus de 8 pour cent du carbone mondial, ce qui en fait le quatrième plus grand réservoir de carbone forestier du monde.

Aussi, les recherches que les scientifiques sont en train de mener seront cruciales pour définir les stratégies d’aménagement des forêts du bassin du Congo. Des stratégies qui profitent aussi bien à l’environnement, à la société et au climat. « Ces études sont un pas pour une utilisation durable des forêts du Congo. Bien que beaucoup reste encore à faire », conclut B. Djilock.

Afin d’atteindre ses objectifs, le CIFOR et ses partenaires mènent des efforts visant à aider les populations locales à développer une économie durable basée sur les ressources forestière. Le développement de la production d’énergie durable en utilisant la biomasse et la création des pépinières sont au centre des activités du Centre. Fyfy Solange TANGAMU

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