Vivement le Dialogue vertical !
lundi 22 février 2016

Après sa tribune d’anthologie sur le Dialogue horizontal - celui qui fait polémique au sein de la classe politique, Adolphe Muzito revient à la charge. Cette fois-ci, l’ancien Premier ministre met sur la table un autre dialogue. Celui-là même qui fonde le projet démocratique mais que sous les Tropiques on considère souvent comme la cinquième roue du carrosse. Il s’agit du dialogue vertical. Une variante de reddition des comptes. Une espèce de prise en compte des desiderata des gouvernés par les gouvernants. Mais, pas seulement. Le dialogue vertical est ce mécanisme permanent par lequel les populations s’expriment, interpellent leurs dirigeants, débattent avec eux via notamment des corps intermédiaires comme les partis politiques, les syndicats, la presse, les églises… Dans sa dixième tribune, Adolphe Muzito montre à quel point la RDC est en retard de ce dialogue-là. Essentiel, pourtant, pour la cohésion nationale. Donc d’actualité. A n’en pas douter, plus qu’un économiste unanimement respecté pour la maîtrise de son sujet, Adolphe Muzito est en lui-même un think tank. Ces tribunes pluridisciplinaires l’attestent. FDA

10EME TRIBUNE D’ADOLPHE MUZITO :
LA PROBLEMATIQUE

La RDC est à son énième dialogue politique. Comment mettre fin à ce cycle infernal des crises et des " dialogues" politiques, qui retardent le développement de ce pays ?
Dans notre huitième tribune intitulée : " La RDC, un royaume d’aveugles conduit par des borgnes ", nous avons relevé la désaffection des populations vis-à-vis des élites en général et des leaders politiques en particulier et le fossé qui les sépare.
Nous avons aussi indiqué que cette désaffection se manifeste de différentes manières dont :
- Le faible niveau d’adhésion des populations aux partis politiques ;
-  Le faible niveau des cotisations des membres dans les caisses de leurs partis politiques, contrairement aux fidèles des églises ;
-  Le faible lien politique et idéologique des membres vis-à-vis du leadership de leurs partis. En effet, on constate que les membres des partis politiques sont plus portés vers des attachements affectifs ou des intérêts personnels qu’aux valeurs portées ou proclamées par leurs partis ;
-  Les suffrages des électeurs sont généralement exprimés vis-à-vis des personnes plutôt qu’en faveur des partis ou de leurs programmes politiques ;
- La faible taille électorale des principaux partis politiques du pays, comme on peut le constater à l’annexe n°1 de la huitième tribune.
Ainsi, les tailles respectives des principaux partis politiques de la RDC, de la Majorité comme de l’Opposition, sont en constante dégradation, quand on passe en revue les résultats des rares élections législatives pluralistes organisées dans notre pays de 1960 à ce jour (1960, 1965, 2006 et 2011).
Cette défiance vis-à-vis des partis politiques et de leurs dirigeants peut s’expliquer, pour la période allant des années 60 aux années 90, par le déclin criant qu’a connu le pays sur le plan politique, économique et social, ainsi que par le ressentiment qu’a le peuple vis-à-vis de l’homme politique considéré à tort ou à raison comme menteur et égocentrique.
Mais ces raisons sont-elles suffisantes pour expliquer la même défiance pour la période allant de 2001 à 2015 ? Si le nouveau pouvoir avait favorisé le dialogue vertical avec le peuple et fait auprès de lui sa " cure d’âme " de politicien égocentriste tirant tous les avantages de la croissance, n’aurait-t-il obtenu plus d’adhésion populaire à son action au regard de remarquables résultats économiques obtenus ?
Car à partir de 2001, le nouveau pouvoir a pu inverser la courbe du PIB qui est passé d’une pente descendante entre 1960 et 2001 à une pente ascendante entre 2001 et 2015.
En effet, le pays a connu une décroissance du PIB qui est passée de 9 milliards en 1960 à 4,3 milliards de dollars américains en 2001 pour passer de ce dernier chiffre à 40 milliards de dollars américains en 2015.
En même temps, il serait bon de reconnaître que ces résultats réalisés par le Gouvernement pendant cette dernière période (2001-2015) n’ont pas été à la hauteur des attentes du peuple.
Ceci d’autant plus que le peuple apprécie généralement les résultats de l’action du Gouvernement sans tenir compte de l’héritage et des moyens à la disposition de celui-ci, au début de son mandat, et du temps nécessaire pour rattraper les retards accumulés par le pays.
Ayant toujours ignoré l’obligation d’évaluer et de rendre compte, avant, pendant et après le mandat, la Majorité au pouvoir dans notre pays n’a-elle pas privé de ce fait au peuple les repères nécessaires à l’appréciation par lui, des résultats de leur action.
C’est de la sorte qu’il faut expliquer le fait qu’en dépit de l’évolution positive des grandeurs macro-économiques, mais à un niveau relatif des grandeurs sociales, ces 15 dernières années, que le pouvoir en place ne soit pas parvenu à inverser tant soit peu la courbe de la défiance populaire vis-à-vis de sa gestion.
Face aux défis économiques et sociaux auxquels la RDC, pays en faillite, doit faire face aujourd’hui, lesquels vont s’aggraver et s’amplifier au courant des 20 prochaines années, dans un contexte internationale en crise, les dirigeants politiques au pouvoir aujourd’hui ou demain ne devraient-ils pas changer de type de leadership.
En 2035, les Congolais seront plus pauvres et plus nombreux à l’être. Le chômage va s’aggraver ainsi que les problèmes de sécurité sociale et de santé publique.
Le phénomène sera imputable, face à la survivance du modèle actuel qui, en politique inchangée, va s’avérer incapable, de mettre au travail, les nouveaux venus sur le marché de l’emploi et donc absorber la bombe démographique qui pointe à l’horizon.
De son attitude actuelle de simple rejet, le peuple va passer à celle de menace de la cohésion nationale et de la stabilité de la nation, quels que soient les courants politiques qui vont se succéder au pouvoir.
Autant le dialogue politique, dit horizontal, pourrait résoudre, provisoirement, la crise qui oppose les acteurs politiques, pour leur dispute du pouvoir, autant il pourrait laisser entière celle qui oppose ces derniers, toutes tendances et toutes générations confondues, au peuple.
Seul le dialogue vertical, entre peuple et dirigeants, pourrait amortir le choc. Et pour cela, une union sacrée et un devoir de solidarité s’imposent à la classe politique pour assumer ce que nous considérons comme étant un bilan historique et collectif à expliquer et à justifier auprès du peuple.
En quoi consiste ce dialogue dit vertical et quels en sont les supports ? Ce dialogue faut-il le limiter au seul cadre national ?
Ne faut-il pas l’ouvrir, de manière permanente, aux partenaires multilatéraux et bilatéraux stratégiques de la RDC, ceux qui pourront accompagner, comme dans le passé, celle-ci dans son œuvre de reconstruction ?

I. LES CAUSES DE LA DEFIANCE POPULAIRE VIS-A-VIS DE LA CLASSE POLITIQUE
La cause essentielle de la défiance du peuple vis-à-vis des dirigeants politiques est due aux échecs des politiques publiques menées par le pays les 50 dernières années et à l’absence du dialogue entre ceux-ci et le peuple à ce sujet.

" Sur le plan politique
Le peuple congolais se rend compte que depuis l’indépendance du pays, les élites politiques n’ont pas réussi à doter le pays d’une bonne gouvernance politique caractérisée par :
- des institutions politiques nationales dont la stabilité est garantie par la séparation des pouvoirs ;
-  des institutions provinciales et locales disposant des vrais pouvoirs et des ressources financières leur permettant de remplir leurs missions aux profits des populations ;
-  des administrations publiques efficaces et des services de sécurité, de défense non hostiles aux populations ;
-  des partis politiques et forces sociales à la hauteur des enjeux et servant des relais entre les dirigeants et les masses populaires ;
-  un dialogue permanent entre les dirigeants et les masses populaires.

" Sur le plan socio-économique
Le congolais vit avec moins de 1,50$ par jour. Il se situe ainsi en dessous du seuil de pauvreté, qui aujourd’hui est fixé à 1,80$ par jour.
Le PIB par tête d’habitant de la RDC, soit 500$, est parmi les plus bas de l’Afrique et du monde.
Ses finances et son économie publiques sont en faillite.
Son taux de chômage, soit ± 50% de la population active, est parmi les plus élevés de l’humanité.
Cette situation s’inscrit dans le contexte d’une économie dont le tissu industriel est embryonnaire ; dépourvue d’une matrice intersectorielle intégrée, produisant ce qu’elle ne consomme pas et consommant ce qu’elle ne produit pas.
Une économie sans infrastructures de base et sans réseau routier :
- 58.000 km des routes d’intérêt général modernisées à moins de 10%, soit 5.000 km ;
- 90.000 km de routes de dessertes agricoles entretenues à 10%.
Un taux de bancarisation de l’économie de 5%.
Un taux de desserte en énergie électrique ne représentant que 9% des besoins de la population et de l’économie, tandis que celui de la desserte en eau potable se situe en dessous de 30%.
Une sécurité sociale non organisée.

II. LES CAUSES DES ECHECS DES POLITIQUES PUBLIQUES
" Héritage politique colonial et néocolonial
Le professeur Kasongo Numbi enseigne à ses étudiants que les immatriculés ou les évolués ayant constitué les élites congolaises à l’indépendance, ont remplacé les Belges concernant les privilèges pour lesquels, avant eux, ceux-ci avaient remplacé le Roi Léopold II, qui, lui-même, avait remplacé TIPO-TIP, l’Arabe qui régnait sur le bassin du Congo. Il conclut que les indigènes ont changé de maître, mais jamais leur sort.
Ces élites n’avaient pour préoccupation que de remplacer les colons blancs et devenir de ce fait le nouvel occupant. Elles n’avaient pas une vision ni un projet alternatif, n’ayant pas été associées à la gestion publique par la métropole. Le colon était démocrate chez lui et oppresseur en colonie
Ces élites devaient construire la démocratie sans expérience démocratique et la République, sans culture républicaine. N’ayant connu que la dictature du régime colonial, de l’occupant étranger et le régime monarchique ancestral, les élites congolaises se sont érigées en nouveaux occupants face à leurs compatriotes dits "indigènes".
Elles devaient aussi doter le pays d’une économie nationale, sans repère sur ce que devait être une économie nationale intégrée.
Jusqu’à ce jour, les descendants d’évolués que nous restons, nouveaux occupants, n’avons pas encore compris que l’amorce de la construction d’une économie nationale, commence par l’exploitation et le traitement du fer, du bois, etc. Le fer, qui est le plus grand gisement minier qui nous ayons ainsi que nos forêts, sont restés à ce jour inexploités.
Nous continuons ainsi avec la logique d’une économie de cueillette, basée sur le cuivre, le coton, le caoutchouc, etc. ; économie coloniale, qui avait pour vocation de compléter les besoins en in-puts de l’industrie occidentale.
Nous avons aussi maintenu jusqu’à ce jour une politique monétaire et bancaire dont le système, très étroit est axé sur l’économie extérieure et les seuls "privilégiés " vivant dans les villes.
Le petit commerce qui était entre les mains des étrangers ou des évolués nationaux, reste toujours à ce jour entre les mains de ceux-ci et dans des conditions qui excluent les nouveaux " indigènes ".
Nous avons renforcé les lois léopoldiennes en confisquant aux " indigènes ", le premier moyen de production des richesses, les terres. Celles-ci sont parties du domaine léopoldien ou belge pour le domaine public de l’Etat congolais dont la gestion est loin d’être démocratique quant à l’affectation du sol et du sous-sol. Nous nous sommes accaparés ainsi, à travers les domaines public ou privé de "l’Etat ", de toutes les terres, y compris de celles qui, pour les raisons historiques, auraient pu être concédées formellement (avec titres) aux communautés locales.
Après la confiscation des terres auxdites communautés s’en est suivi celle du pouvoir local et des ressources lui dévolues par les lois, en même temps que sont toujours reportées sine die, les élections de proximité. Elections qui auraient permis de constituer une passerelle institutionnelle entre la base et le sommet et installer le dialogue.
" Inexistence des vrais partis politiques et forces sociales organisés comme relais entre les masses et les élites dirigeantes
L’absence de partis politiques disposant d’une forte légitimité et d’un ancrage sociologique réel ne permet pas de faire de ceux-ci des intermédiaires entre le pouvoir politique et les différentes composantes de la société.
L’inexistence des syndicats des travailleurs capables de servir de relais entre le pouvoir politique et le monde des travailleurs d’une part, et entre celui-ci et le patronat d’autre part prive à la société un élément important de sa cohésion.
L’absence d’un syndicat patronal fédérateur de toutes les branches de l’activité économique, gage d’un contrat viable entre l’Etat et le monde des affaires, privent à ces deux corps une passerelle essentielle.
La faiblesse d’une presse qui ne dispose pas de moyens de son indépendance et de son efficacité, dans sa mission de communiquer et informer, est un frein à tout dialogue social.
Pour les églises, à cause de leur émiettement, l’absence d’un soubassement religieux et spirituel commun, prive à la société un facteur essentiel à sa cohésion et à sa stabilité.

" Nature des investissements et leurs effets sociaux
Dans le cadre de la division internationale du travail, pendant longtemps, les investissements dans les pays pauvres étaient destinés essentiellement à l’exploitation des matières premières qui laissent peu de surplus aux populations locales du fait que ces investissements créent peu de valeur ajoutée et sont à capital intensif. Ils suppriment les emplois et créent le chômage en augmentant le nombre d’exclus.
L’accumulation du profit par la petite minorité capitaliste à travers la sous-rémunération des salariés, contribue à la réduction des débouchés et opportunités de croissance de l’offre globale. Ce qui bloque ainsi le modèle capitaliste actuel et généralise la crise à l’échelle internationale.

" Survivance d’un modèle colonial mal appliqué
Le modèle économique colonial s’articulait sur le principe selon lequel le coût social d’une minorité des privilégiés était supporté et financé par l’exploitation de nombreuses communautés indigènes.
Les élites congolaises qui ont pris la relève du pouvoir colonial, ont cherché à élargir le cercle des privilégiés en généralisant les privilèges. Ils ignoraient qu’ils ne disposaient pas, comme le colon, d’un espace des forces sociales à exploiter, les anciens travailleurs noirs ayant été " libérés " de la logique d’exploitation et de domination. La nouvelle approche des " évolués ", consistant à élargir le cercle des privilèges, de manière disproportionnée, a rompu l’équilibre du modèle d’expansion économique.
Au-delà de la généralisation des privilèges, généralisation financée anciennement par le surplus économique, le processus est allé jusqu’à la distribution du capital productif aux élites. Souvenons-nous de la politique de zaïrianisation. Ce fut l’aggravation de la faillite. Car on a ainsi tué la poule aux œufs d’or.
Les dirigeants politiques que nous sommes, ne sommes pas encore parvenus à créer le travail pour tous et à convaincre le peuple ainsi que les élites sur la nécessité de concilier les contraintes économiques et les aspirations socioculturelles enfin d’obtenir d’eux l’adhésion au principe de travailler plus et de gagner moins. Ce principe reste la condition pour relancer l’œuvre d’édification et du développement de la nation.
Ici aussi, le déficit démocratique et de dialogue est resté criant.

III. L’URGENCE DU DIALOGUE VERTICAL
De 1960 à ce jour, les échecs enregistrés, les retards accumulés par le pays dans différents secteurs : politique, économique et social, constituent une bombe sociale et sécuritaire au courant de 20 prochaines années.

" Défis sociaux
Les efforts réalisés par le pays ces 15 dernières années ne peuvent pas être perceptibles pour un pays qui a 50 ans de retard à rattraper dans tous les domaines. Un dialogue avec le peuple à ce propos s’impose. Il s’agit d’expliquer et de justifier la triste réalité actuelle qui du reste va évoluer vers une aggravation au fil de temps.
" PIB par tête d’habitant le plus bas de l’Afrique
En 2015, la RDC a affiché un PIB par tête d’habitant le plus bas de l’Afrique : soit 500$. Comparée aux économies de l’Afrique subsaharienne, la RDC reste au bas de l’échelle.
Bien que cet agrégat va continuer à augmenter, la théorie de Malthus va s’appliquer à la RDC. Le défi démographique va annihiler ses effets au plan social, pour un pays, avec son modèle économique actuel, ne saurait, pour les 20 prochaines années donner assez de travail aux nouveaux venus sur le marché de l’emploi.
Les inégalités sociales vont se creuser du fait que la croissance à venir, faute de diversification structurelle de l’économie, puisque fruit de la minorité qui aura un emploi, va laisser au bord de la route le grand nombre.

" Emploi et chômage
Les statistiques de l’Administration renseignent pour 2014 un taux de chômage de 50%, de la population active, soit en moyenne 20.000.000 des chômeurs sur une population active de 40 millions.
Avec un taux de croissance de 3,5%, la population congolaise dans les 20 prochaines années va doubler en passant de 80 actuellement à 160 millions d’habitants en 2036.
La population active, elle aussi, va passer d’environ 40.000.000 à 80.000.000 habitants. En considérant la tranche d’âges de 15 à 65 ans ; la population active connaître une augmentation de 100%.
Selon les dernières statistiques du Gouvernement, l’économie congolaise crée en moyenne 50 mille emplois formels par an dans le secteur formel.
Toutes choses restant égales par ailleurs, au courant de 20 prochaines années, l’économie pourra créer en moyenne 2 millions d’emplois, soit 1 million d’emplois privés auquel il faudra ajouter 1 million d’emplois publics.
L’économie ne pourra créer que 1 million d’emplois privés pendant les 20 prochaines années et 1 million d’emplois publics le sera par l’Etat et les entités administratives. Puisque la population active va représenter 40 millions de demandeurs d’emplois pour la période, soit pour chaque année, près de 2 millions de nouveaux jeunes sur le marché.
Le taux de chômage va ainsi franchir vers fin 2036 la barre de 70%.
Bien que les emplois en RDC couvrent environ 50% de la population active en 2015, ils sont cependant, selon les statistiques du Gouvernement, constitués à 96% d’indépendants ou personnes installées sur leur compte propre. D’où leur caractère précaire.
La partie de population inactive représentant les vieux et des vieillards est constituée des personnes qui, dans leur majorité, ont, soit quitté le marché de l’emploi sans avoir jamais travaillé, soit, travaillé sans avoir cotisé au cours de leur carrière et ne disposent donc pas d’une quelconque couverture sociale.
Nous aurons deux fois plus des vieux sans couverture sociale les vingt prochaines années. Cet état de choses va constituer un poids social énorme pour la communauté nationale.
Notons que le taux d’affiliation à l’INSS est de 1,8% des travailleurs du secteur privé ; 0% pour le personnel de la Fonction publique. Ces personnes dépendent aussi, au nom de la solidarité africaine, des parents sans emplois viables.
" Enseignement primaire et secondaire
250.000 sur 600.000 enseignants aujourd’hui ne sont pas payés par l’Etat. Sur un besoin de 1.000.000 d’enseignants en 2015, 600.000 seulement sont mis en place, soit 60%. Cela représente en 2015 un déficit de 40% en personnel enseignant.
Ce déficit va tripler au courant de 20 prochaines années, car en effet, sur une population scolaire évaluée à 22 millions d’enfants, 17 millions seulement fréquentent l’école.
Cette population scolaire va doubler au courant de 20 prochaines années, en passant de 22 millions à plus au moins 45 millions ; il en sera de même concernant la capacité des finances publiques de notre pays à financer ses besoins additionnels en personnel enseignant. Nous aurons ainsi un enseignement davantage au rabais et une masse d’enfants que nous ne saurons scolariser.

" Enseignement Supérieur et Universitaire
Ce secteur connait et connaitra la même perspective que celle de l’Enseignement primaire et secondaire.

" Desserte en électricité et en eau potable
Le taux national d’électrification de la République Démocratique du Congo (RDC) est actuellement de 9%, et de 1% seulement si l’on tient uniquement compte du monde rural.
En considérant une croissance démographique de 3,1%, la demande énergétique ne fera qu’augmenter en accentuant l’écart déjà conséquent entre l’offre et la demande.
Seuls environ 26 % de la population congolaise ont accès à l’eau potable salubre. Comparée à la moyenne de l’Afrique subsaharienne, soit 60%, la RD Congo est la lanterne rouge.

" Habitats et logements
L’offre dans ce secteur reste faible pour répondre à la demande particulière des agglomérations urbaines où les mouvements migratoires sont importants et le taux de natalité très fort.
Puisque la croissance démographique du pays monte sans cesse en flèche, les besoins en logements sociaux deviendront plus importants à l’horizon 2036.

IV. CONCLUSION ET SUGGESTIONS
Dans un environnement économique international en crise et face aux défis social et démographique grandissants, l’avenir de la RDC s’annonce tumultueux.
L’urgence d’un dialogue vertical s’impose. Il ne s’agit pas ici d’organiser un forum formel ou officiel. Il s’agit de la mise en place, du développement progressif et de l’animation des corps sociaux indispensables pour prévenir, réguler et contrôler les crises qui profilent à l’horizon, au delà des crises et des dialogues horizontaux.
Il s’agit de la responsabilisation de partis et de dirigeants politiques de la nécessité, de parler, de manière permanente au peuple, de lui expliquer les succès, les échecs des politiques publiques, d’en indiquer les causes, de fixer un nouvel horizon.
La démarche doit viser de gagner l’adhésion de celui-ci aux efforts que nécessitent les défis.
Ce dialogue vertical devrait ouvrir une grande fenêtre aux partenaires stratégiques de la RDC qui pourront l’accompagner dans ses efforts.
En guise de conclusion nous disons que la classe dirigeante de la RDC a des défis majeurs aussi importants à relever que ceux liés à l’alternance au pouvoir.
On a vu que les crises politiques récurrentes que connait le pays sont dues au déficit du dialogue démocratique.
Ce déficit a engendré un manque d’adhésion du peuple aux politiques des leaders pour avoir été écarté du processus de leur élaboration.
Aussi longtemps que le peuple n’aura été réhabilité comme souverain et arbitre du jeu politique, la RDC restera longtemps comme un bien sans maître. Comme dans une jungle, les prédateurs se disputeront éternellement le Congo comme une proie, avec pour règle de jeu : la ruse ou la force.
Ces crises politiques récurrentes dans notre pays depuis son accession à l’indépendance, de par leur nature et les dialogues politiques qu’elles suscitent entre acteurs politiques, sont l’expression de :
a) l’illégitimité des partis politiques, de leurs dirigeants et de la fragilité des institutions qu’elles génèrent.
La stabilité et la légitimité des partis politiques et de divers corps sociaux dans une république restent le gage de celle des institutions.
Un Etat dont les institutions sont stables et républicaines réussit toujours, grâce à la séparation du pouvoir, à régler les différends politiques dans le cadre de l’ordre institutionnel établi, en se servant des lois de la République ;
b) l’absence pour le pays des supports nécessaires à la cohésion de la nation et à la stabilité de celle-ci.
Il s’agit ici des partis politiques, des syndicats, des églises, de la presse, etc. Ces corps sociaux sont le socle de la stabilité, le relais et le liant entre les dirigeants et la base, mais aussi entre toutes les composantes de la société.
Le nécessaire dialogue vertical, diffus et citoyen, entre le sommet et la base, mais aussi entre les composantes de la société, passe par ces supports. Ce dialogue dans le cadre de ces corps sociaux permet de prévenir, de gérer ou de réguler en permanence les conflits d’intérêts ou d’idées.
Les gouvernements de notre pays, depuis l’accession de celui-ci à l’indépendance, ont toujours travaillé, non pas à encourager et à soutenir ces corps sociaux, mais à les fragiliser, en les émiettant ou en les multipliant, voir à les supprimer purement et simplement.
Compte tenu du rôle reconnu aux partis politiques, celui de concourir aux suffrages et dont les cadres peuvent être investis des pouvoirs d’Etat, celui d’éduquer et de former les masses à participer à l’action publique, les pouvoirs publics ont le devoir de les soutenir.
Les confessions religieuses jouent un rôle important dans la moralisation et la conscientisation des individus. De ce point de vue, elles sont des partenaires des pouvoirs publics, car elles jouent un rôle dans des domaines dont le social où l’Etat n’a pas de compétence pour agir efficacement.
Les pouvoirs doivent leur offrir un cadre et leur donner les moyens d’agir avec efficacité.
Il est de même des organisations de droits de l’homme ou de la femme qui forment les populations à l’éveil de conscience, sur leurs droits et devoirs en tant que citoyens à part entière. Elles sont également partenaires de l’Etat dont elles sont de relais avec les populations.
En substance, le dialogue avec ces groupes de pression et d’encadrement des masses créera un nouveau rapport des forces qui fera de ces groupes, dans le cadre d’un processus participatif à la décision, un interlocuteur incontournable de l’homme politique ; ce qui ne manquera pas d’avoir un impact positif sur le choix des politiques publiques et la paix sociale.
Ainsi fait à Kinshasa, le 20 février 2016
Adolphe MUZITO
Premier Ministre honoraire

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