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AU REGARD DE LA RESURGENCE DE LA COVID-19
Marché central : quand les Kinois se passent de gestes barrières !
lundi 30 novembre 2020

La résurgence de la covid-19 en République démocratique du Congo interpelle l'opinion quant au respect des mesures barrières. Observées il y a trois mois environs, la réduction sensible du taux de contamination et la baisse des décès dus à cette pandémie ont, sans doute, influé sur le relâchement constaté ces dernières semaines dans la capitale congolaise. Fermé à toute transaction commerciale au mois de mars, le marché central de Kinshasa, carrefour des négoces et lieu à haut risque, n'a curieusement pas changé d'un iota après la levée de l'état d'urgence. Depuis la reprise de ses activités le 15 août dernier, ceux qui le fréquentent se plaignent de voir bafouées les mesures sanitaires dictées par les autorités urbaines.

Implanté dans les communes de Barumbu, Kinshasa et Gombe, le Grand marché de Kinshasa attire du monde à longueur de journée. Communément appelé ''Zando'', ce lieu des négoces semble visiblement loin de l'hémisphère covid-19, exposé au quotidien à l'insalubrité. Dans le flux de la population qui le fréquente, les mesures barrières sont loin d'être respectées. La distanciation sociale? Elle n'existe que de nom. Tous les jours, à tout moment d'activité, la promiscuité règne en maître.

Installés devant leurs étalages collés côte-à-côte, les marchands taillent bavette à quelques millimètres près, se souciant moins de leurs masques, rangés soit dans la poche, soit dans le sac ou suspendus négligemment sous leurs mentons. Comme eux, des vendeurs ambulants, se passant de leurs masques, crient à tue-tête dans les minuscules couloirs de ce marché bondé de monde, vantant les mérites de leurs marchandises.

Dans les couloirs de ce plus grand marché de la ville, des dizaines de milliers de passants se croisent à longueur de journée. Pressés par leurs priorités, vendeurs et acheteurs se frottent sans gêne, emportés par des bousculades aux heures de pointe.

Pas du tout étonnant d'assister dans ''ces embouteillages'' à des retrouvailles entre amis de longues. Sous l'effet de l'euphorie, les uns se jettent dans les bras des autres, ne se gênant guerre de céder aux câlins et bisous. Difficile, dès lors, de se mettre à l'esprit que le coronavirus existe bel et bien… à Kinshasa, d'autant que nombre de marchands ici n'y croient pas.

DES MASQUES POUR ECHAPPER A LA POLICE

L'accès au marché central de Kinshasa étant libre, la population est moins regardante sur les gestes barrières. Les rares personnes qui arborent leurs masques les maintiennent plus par peur du policier, qui leur ponctionnerait le peu de ressources mobilisées pour les achats ou la vente, que par nécessité de protection sanitaire.

La dernière menace en date, celle du Général Kasongo de la police de Kinshasa, exigeant il y a une semaine à la population de se munir de masques en public, a poussé le public du marché central à se ruer de nouveau sur ces morceaux de tissu qu'ils ceignent sur leurs mâchoires pour échapper aux hommes en uniforme.

Toutefois, aux dires de quelques habitués de ''Zando'', les forces de l'ordre, qui devraient faire respecter les gestes barrières dans les coins et recoins de ce marché populeux, se limitent encore juste à quelques postes posés dans la périphérie, sans accéder à l'intérieur du marché. C'est de là qu'elles traquent les nouveaux venus qui ne portent pas correctement leurs masques ou n'en disposent carrément pas.

"Par conséquent, une fois dans le creux de ce spacieux marché, vendeur, acheteur… et voleur se débarrassent de ce masque encombrant qui les empêche de mieux respirer", commente un marchand se confiant à un reporter du ''Journal du citoyen''.

PRISE DE TEMPERATURE? "'CONNAIS PAS"

"Prise de température ? Lavage de mains ? "'connais pas", scandent certaines personnes interrogées, estimant que ces pratiques ne sont pas courantes ici au marché central. "Bien au contraire, l'insalubrité, les immondices, les eaux boueuses… font la loi dans les sillons du marché, et surtout aux alentours des étalages de vendeurs des légumes, poissons, viandes… exposés en plein air dans un recoin surnommé ''wenze ya bitula'', où les poches moins nanties viennent s'approvisionner à des heures tardives, lorsque les prix se négocient au rabais", nous souffle un consommateur, surpris dans les sentiers boueux du marché.

Abordés à cet effet, les habitants de la périphérie du marché central doutent de l'existence même de la covid-19. "Si cette maladie existe bel et bien, c'est tout Kinshasa qui sera contaminé. Or, la façon dont les gens se comportent au Grand marché me pousse à croire que cette pandémie n'est pas réelle dans la capitale. Sinon, comment comprendre qu'en bafouant les gestes barrières, les gens ne soient pas contaminés ici", a lâché Jael Bahati, une résidante du quartier.

"Si seulement les autorités pouvaient venir jeter un coup d'œil au Marché central, ils auront compris que les discours ne concordent pas avec la vie que mènent les occupants de ce lieu de négoces", confie Joslin Tshinkobo, un vendeur ambulant. Merveille MBUANGI/Correspondance particulière
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