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Méditation citoyenne de Frank FIKIRINI MWENE-MBAYU
Du désormais cas Malonda en Rdc : Vérités, contre-vérités et faux-fuyants
lundi 20 juillet 2020

Commençons par une précision méthodologique : les vérités, contre-vérités et faux-fuyants ne seront pas déclinés ici dans un ordre linéaire, mais se discerneront à travers une présentation discursive globale dans l'objectif de dissiper les mensonges et éclairer, par une analyse objective, ceux qui, de bonne foi, ont besoin de vérité pour éclairer leur lanterne et orienter leur prise de position personnelle sans se faire duper.

La République palpite ou, à tout le moins, tousse. C'est le moins que l'on puisse dire. Aussi faut-il, par-delà les différentes grilles de lecture de cette auscultation selon les différents instruments et intérêts des uns et des autres, un sursaut de responsabilité républicaine pour lui éviter d'en arriver à convulser, situation à laquelle elle ne saurait survivre en tant que pays indépendant, uni, avec un peuple dont l'ancien hymne national disait qu'il était " grand et libre à jamais ". Ô quelle belle destinée !

C'est donc l'unité, la grandeur et la liberté de notre peuple qui se jouent à travers les agissements des uns et des autres dans les querelles politiciennes, aujourd'hui comme hier. Malheureusement, au regard des égos surdimensionnés qui commandent les attitudes des uns et des autres, on ne peut vraiment pas dire que la classe politique et les acteurs sociaux en soient vraiment conscients. Pas du tout étonnant dans un pays où la notion de responsabilité historique n'est pas très ancrée. La plupart d'entre nous sont en effet persuadés que nous pouvons agir à contre-courant de ce que nous voulons et que Dieu nous y ferait tout de même parvenir malgré nous. Pourtant les sources chrétiennes d'où provient cette perception dévoyée de la responsabilité humaine et divine dans l'histoire des hommes, renseignent que Dieu ayant créé l'homme sans lui, ne le sauve pas sans lui. Ce qui veut dire, en un mot comme en mille, que la RDC de demain sera ce que nous en aurons fait aujourd'hui. Nous et pas Dieu, encore moins ceux qu'on appelle ses hommes (curieux qu'on ne dise jamais " ses femmes ", mais cela est un autre débat).

C'est dire que face aux enjeux de l'avenir de la nation, il n'y a pas de parole de droit divin. Et c'est la première leçon qu'il sied de tirer de l'affaire Malonda comme de bien d'autres d'ailleurs. Imposer au plan socio-politique des préceptes estampillés de droit divin est certes de bonne guerre pour les " hommes de Dieu " qui savent profondément en leur for intérieur que Dieu n'y est pour rien et qu'ils n'ont aucunement sollicité sa volonté à cet égard, mais une erreur fondamentale pour ceux qui disent trop vite "Amen " pour accueillir une parole qui provient de consciences et volontés tout aussi contingentes (et faillibles en tant que telles) que celles de tous les autres humains. Alors, brisons le mythe du Dieu qui pense pour nous à travers ses hommes, qui décide contre nous du bien qu'il nous faut, etc. A cet égard, point n'est besoin de vouloir recréer la roue, puisque c'est bien cela le fondement de la laïcité de l'Etat dont les règles sont connues et que nous avons consacrée pour notre pays à travers la constitution (cf. article 1er).

Une fois ôtées les lunettes panthéistes pour lire et faire notre histoire en tant que peuple, nous pouvons alors débusquer toutes les malices qui s'en servent comme manteau et mettre en poche toutes les subjectivités et subjectivismes qui veulent, tout en prétendant le contraire, être servis par la nation au lieu de se mettre à son service.

Tentons déjà quelque inflexion de cette analyse théorique au cas Malonda qui fait actualité. La malice aura consisté à le diaboliser aux fins de l'écarter de la course au profit d'une stratégie aux ramifications suspectes bien connues contre les vrais intérêts du Congo. Nous avons enregistré des questionnements pertinents à cet égard : pourquoi aucun critère ne l'a écarté pendant que bien d'autres l'étaient et que ce soit seulement lorsqu'il émerge comme unique candidat au terme du processus d'élimination qui a écarté les 23 autres, que tout à coup on essaie de trouver des poux sur la tête d'un chauve ? C'est bien là la malice qui, malheureusement n'a plus aucun voile au regard de toutes les vérités révélées sur le processus de désignation du candidat délégué des confessions religieuses à la CENI. On le sait : la malice n'est pas de Dieu, mais bien du père du mensonge qu'est le diable - ange des ténèbres - qui, renseignent les exercices spirituels d'Ignace de Loyola, peut se vêtir en ange de lumière. Il est bon de le savoir. A tout prendre, il s'avère que les anti-Malonda au sein des confessions religieuses, ont misé sur le poids sociologique (discutable au regard de leur propre charte) des Eglises catholique et protestante pour se convaincre de pouvoir imposer leur candidat par la ruse. Mais le jeu démocratique a triomphé de la ruse, et c'est bien là le problème. Mais au nom de quoi va-t-on tout de go annihiler un processus conduit conformément à la loi en vigueur par ceux-là même qui le contestent après coup, au profit de manœuvres sans aucun fondement légal, sinon que ceux qui parlent au nom de Dieu ne sont pas d'accord? Encore qu'il s'agit de deux sur huit d'entre eux.

Acculés sur le plan légal, les anti-Malonda ont recouru à la rue pour, encore une fois, faire valoir leur poids, cette fois populaire. Une notion totalement aux antipodes du principe de la démocratie représentative consacré par notre constitution qui stipule en son article 5 ce qui suit : "La souveraineté nationale appartient au peuple. Tout pouvoir émane du peuple qui l'exerce directement par voie de référendum ou d'élections et indirectement par ses représentants. Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. " Full stop.

Curieusement, les anti-"majorité artificielle " à l'assemblée nationale (notion extra constitutionnelle dont les juristes devront nous préciser les contours et la valeur juridique), toute la galaxie mobilisée, ont décidé d'enfreindre la loi portant Etat d'urgence et d'envoyer sur la rue leurs militants, exposés de ce fait au risque de contamination à grande échelle de la pandémie à coronavirus. Je ne peux comprendre que ceux qui sapent ainsi urbi et orbi l'autorité du Chef de l'Etat en bravant ses décisions, prétendent en même temps agir pour son intérêt afin de "prouver qu'il détient la majorité populaire " opposée, cela s'entend, à la majorité parlementaire dont ils disent entre-temps faire partie. Bon, ce n'est pas le premier acte surprenant pour la raison sur la scène politique congolaise. Qu'on n'oublie cependant pas que d'autres marcheurs ont saisi cette fissure au sein de la coalition au pouvoir pour la fustiger in globo sans faire aucun tri. A elle d'en tirer les leçons.

Par ailleurs, les marches ont révélé plusieurs contradictions internes aux nouveaux coalisés de circonstance. La première, c'est que plusieurs marcheurs interrogés n'avaient pas le même discours que celui de leurs leaders. Signe, s'il en faut, qu'il y a eu arnaque dans cette démarche en termes d'expression de volonté populaire. Les frustrations des populations sont nombreuses, particulièrement au plan social et économique. A telle enseigne qu'elles suivraient n'importe quel vent qui promettrait le changement, encore et toujours attendu. On s'est à l'évidence servi de cette donne jusqu'à présenter Ronsard Malonda comme l'homme à cause duquel le taux du dollar galope face au franc Congolais, l'homme qui veut empêcher le Président Félix Tshisekedi d'exercer son pouvoir, alors que son péché originel (curieusement capitalisé par ceux qui devaient s'en défendre), c'est d'avoir réussi à défendre les résultats de la CENI qui ont consacré la victoire du même Président contre les arguments de l'armée d'avocats de Martin Fayulu qui revendiquait sa victoire devant la Cour constitutionnelle. Aucun esprit logique ne peut comprendre ce qui se passe. Mais en fait, il n'y a rien à comprendre. Des communicateurs des partis et plateformes protestataires ont avoué sur des plateaux de télévision que Malonda n'est pas le problème. Un communicateur d'un parti membre de la coalition au pouvoir a même livré la stratégie de son parti à cet égard : il s'agit d'amener leurs alliés du FCC à admettre qu'à travers Ronsard Malonda, ils ont déjà le Président de la CENI et que cela étant, ils doivent réserver le poste de Vice-président au Cach.

D'autres, par contre, notamment ceux de Lamuka, tiennent à exploiter la fissure créée dans la coalition FCC-CACH autour du dossier Malonda pour remettre la pendule à zéro (vieux rêve, n'est-ce pas ?) afin d'aller au dialogue et redistribuer les cartes à la mode de chez nous. Schéma qui ne manque pas de soutiens dans la fameuse " communauté internationale ".

De leur côté, les experts électoraux non-politiquement rangés, tout en insistant sur le bien-fondé des réformes brandies comme constituant la panacée à cette crise de confiance multifacette, précisent d'une part, que lesdites réformes ne sont pas antithétiques à la mise en place d'une nouvelle équipe de la CENI, encore que le temps qu'elles prendront étant donné l'étendue des matières à réformer, risque d'être bien trop long pour pouvoir en faire la condition nécessaire pour la mise en place d'une nouvelle équipe de la CENI qui, du reste serait la mieux à même de les conduire. Ils disent, d'autres part, que cette mise en place ne saurait plus attendre, étant donné que, pour respecter l'échéance de 2023 pour la tenue des prochaines élections, les préparatifs de celles-ci doivent intervenir au courant de l'année 2020. Car les activités électorales ne se résument pas à la tenue des scrutins, lesquels sont précédés de plusieurs autres activités, dont la mise à jour du fichier électoral (on se souviendra des fameux 16 mois et 1 jour pour ce faire), la répartition des sièges par circonscriptions pour les élections législatives (combinées avec la présidentielle), la convocation de l'électorat et l'inscription des candidatures (intervenant 90 jours avant l'expiration du mandat du Président de la République, aux termes de la Constitution), le recrutement et la formation du personnel en plusieurs cascades (niveau national, provincial et territorial), avant les scrutins proprement dits, la proclamation des résultats provisoires et la gestion des contentieux électoraux. Ces activités se déclinent dans un ordre inaltérable, les suivantes étant conditionnées par les précédentes. J'ai entendu un acteur politique prétendre sur un plateau de télévision que cet argument relèverait du chantage. Le dire, c'est déjà faire preuve de grave ignorance du processus électoral, tout au moins sur le plan technique, lequel ne peut pas être éludé au profit de la politique politicienne pour se prévaloir, le moment venu, de ses propres turpitudes.

Revenons à l'individu Malonda. Pourquoi jeter sur lui l'anathème sur base d'un soupçon genre " le loup et l'agneau ", cette fable de Jean de la Fontaine dans laquelle le prédateur, manquant de grief pouvant incriminer objectivement sa victime à titre personnel, l'affubla carrément du fameux " si ce n'est pas toi, c'est donc ton frère " ? L'affaire Malonda ne donne-t-elle pas une étonnante actualité à cette fable ? Ceux du parti présidentiel qui confortent l'accusation formulée par leurs adversaires objectifs fondent leur jugement sur l'idée selon laquelle le peuple qui a élu le Président de la République ne lui aurait pas en même temps privé d'une majorité à l'Assemblée nationale. Une fois encore, c'est là méconnaître les réalités électorales, l'exemple de la cohabitation en France entre François Mitterrand et Jacques Chirac, puis entre ce dernier et Lionel Jospin attestant que ce n'est pas une invention de Ronsard Malonda ou de Corneille Nangaa. Au demeurant, des exemples locaux démentent la thèse basée sur la vraisemblance. On a vu lors du cycle précédent des députés élus de la famille politique de Joseph Kabila dans des circonscriptions où ce dernier avait eu très peu de voix. Ce n'est donc pas un phénomène nouveau. Il faut simplement comprendre que dans le contexte congolais, les gens ne votent pas nécessairement pour un parti, mais plutôt pour des individus. Ainsi, l'honorable Léon Nembalemba a-t-il été le meilleur élu de la ville de Kinshasa alors que son parti l'AFDC-A n'a pas eu la même performance dans cette ville, etc.

En fin de compte, il faut constater simplement que les acteurs politiques maîtrisent mal le système électoral, particulièrement la question du seuil d'éligibilité, et n'ont donc pas mis en place des stratégies appropriées pour s'assurer la victoire aux élections. Ils auraient notamment, sur base de ce qui précède, miser sur des plates-formes alignant des candidats prometteurs au regard de leur profil personnel, pour s'assurer la victoire. Rien ne sert donc de chercher des boucs émissaires au lieu de reconnaître leurs faiblesses au niveau stratégique. C'est cela le hic.

Le jeu politique se poursuivra tel que le voudront les acteurs. Mais les uns et les autres sont prévenus : discutez autant que vous voudrez, manœuvrez dans tous les sens où la raison et vos intérêts vous guideront, mais assumez les conséquences de toutes les options que vous prenez, puisque chacune aura ses conséquences, notamment sur l'échéance de 2023 ou le glissement au-delà de celle-ci pour la tenue des prochaines élections. Et sachez que le " vrai " peuple qui se lasse de " peuplomachie" sans impact réel sur son vécu, risquera alors de parler lui-même et à sa manière, sans attendre que personne d'autre le fasse abusivement en son nom.
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