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Lutte contre le Covid-19 : quelle contribution de la médecine traditionnelle ?
vendredi 24 avril 2020

(Pr. Ndolamb Ngokwey, PhD, MPH, Ancien Secrétaire Général Assistant des Nations Unies)

L'Alliance nationale des autorités traditionnelles du Congo (ANATC) a recommandé un traitement contre le Covid-19 (prendre un bain d'eau chaude avec une pierre noire ancestrale nommée "bodisa" et sucer du sel traditionnel communément appelé "mungwa ya bakoko" ou "mungwa ya basenzi"), selon les propos de Sa Majesté Mfumu Difima Ntinu, Secrétaire Général de l'ANATC, à l'occasion d'un point de presse le 23 mars 2020. D'autre part, on a noté dès les premiers jours qui ont suivi la confirmation du dépistage du premier cas le 10 mars 2010 l'engouement des Kinois à acheter et utiliser le "kongobololo" (morinda morindoides -Bak- ) et le gingembre, censés prévenir ou même traiter le Covid-19 , en les prenant comme infusion (kongobololo) ou décoction (gingembre) dans une frénésie impressionnante d'automédication. Des personnalités du monde politique et artistique ont même posté, sur les réseaux sociaux, des vidéos recommandant avec une assurance déconcertante l'utilisation de ces plantes.

Le Centre de Recherche Pharmaceutique de Luozi (CRPL) serait en train de procéder à des essais cliniques de son médicament contre le Covid-19, Manacovid, à base de plantes.

Il y a également le Centre de Recherche en Phytothérapie, Pharmacopée Africaine, Technologie Pharmaceutique (CREPPAT), basé à Kinshasa et en Afrique du Sud, qui propose quant à lui, un médicament dénommé, Doubase C, un Antiviral, Anti-HIV, Antiretroviral, à base d'extraits végétaux de deux plantes bien connues dans la pharmacopée traditionnelle congolaise.

La Commission Scientifique du Ministère de la Recherche Scientifique pour appuyer la riposte contre le Covid-19 a récemment recommandé entre autres l'utilisation des infusions ou des fumigations des plantes, telles que le bulukutu (lippia multiflora), le lumbalumba (ocimum gratissimum L.), la citronnelle, l'eucalyptus, etc.

Face à cet arsenal de thérapies proposées par la médecine traditionnelle ou à partir des plantes traditionnelles, il est légitime de se poser la question suivante: la médecine traditionnelle, les tradipraticiens et les plantes médicinales peuvent-ils contribuer à la riposte contre le Covid-19? Si oui, comment? Il existe des raisons épidémiologiques, thérapeutiques, et socioculturelles pouvant justifier la nécessité de cette contribution de la médecine traditionnelle.

La situation épidémiologique

La pandémie Covid-19 continue ses ravages avec une fulgurance exceptionnelle. Le premier cas positif a été déclaré en RDC le 10 mars 2020 et six semaines plus tard, au 20 Avril 2020, le pays est déjà à 394 positifs et 25 décès. A vrai dire, ces chiffres sous-estiment la situation épidémiologique et reflètent davantage les limites de nos capacités de dépistage que la réalité de la situation qui est certainement beaucoup plus grave.

En fait, le Comité technique multisectoriel a lui même noté qu'une aggravation de la propagation était plus que probable à mi-mai. Et le pire est à venir, en raison du terrain qui est propice à la propagation. En effet, il existe des difficultés sociales, économiques, et culturelles objectives à respecter la distanciation sociale et pratiquer les gestes barrières. Il y a aussi, le déni de l'existence même de la pandémie dans le chef de certains congolais. Il y a enfin certains tâtonnements dans la riposte qui ont semé la confusion dans un contexte où la communication sur la pandémie demeure déficiente.

Les options thérapeutiques

Il n'existe en ce moment ni vaccin pour prévenir le Covid-19 ni médicament connu pour guérir le Covid-19. Il existe cependant une course mondiale contre la montre pour découvrir un vaccin. Il existe déjà des essais cliniques prometteurs pour certains médicaments. C'est le cas du Favipavir (développé et utilisé au Japon pour soigner la grippe), du Remedesivir (un antiviral expérimental développé initialement pour le traitement de la maladie à virus Ebola) et du Lopinavir-ritonavir (un médicament pour le traitement du VIH).

La chloroquine ou l'hydrochloroquine associée ou non à des antibiotiques est bien connue aussi, notamment en raison de la polémique autour de leur utilisation, surtout en France et aux USA.

Le plasma sanguin des personnes guéries de Covid-19, qui contient, de ce fait, des anticorps contre le Covid-19 suscite aussi beaucoup d'espoir pour le traitement du Covid-19 et des études et essais sont en cours.

Le schéma thérapeutique adopté en RDC comprend, d'une part, le traitement symptomatique avec des antipyrétiques, des antitussifs, des antalgiques ainsi que l'oxygénation, et, d'autre part, le traitement spécifique avec une combinaison des molécules citées plus haut, selon le degré de Covid-19 (léger, modéré ou sévère).

La médecine traditionnelle n'a, à ce jour, elle non plus, aucun traitement spécifique contre le Covid-19. Mais, elle a certainement des traitements symptomatiques, étant donné que les symptômes de Covid-19 sont similaires à ceux communément traités, souvent avec succès, par les tradipraticiens, à savoir, la fièvre, la toux, les problèmes respiratoires, la fatigue ou la diarrhée.

De nombreuses recherches scientifiques, ethnobotaniques, ethnopharmacologiques ou en ethnomédecine en RDC ont d'ailleurs confirmé les principes actifs de certains remèdes traditionnels utilisés, notamment les plantes, qu'il s'agisse des feuilles, des écorces ou des racines.

On peut d'ailleurs rappeler ici que près de 50 % des médicaments de la médecine moderne sont à base de plantes. Parmi les plus connus, on peut citer l'aspirine, la quinine, la morphine, la codéine, la digitaline, etc.

Soyons clairs. Les tradipraticiens peuvent, par conséquent, non pas guérir les malades du Covid-19, mais plutôt soigner les malades du Covid-19 en traitant et soulageant leurs symptômes, en particulier les formes légères et modérées.

Le contexte socio-culturel

Le contexte socio-culturel est aussi très favorable à la contribution de la médecine traditionnelle dans la riposte contre le Covid-19. En effet, il est courant pour beaucoup de Congolais de recourir à l'automédication avec des remèdes traditionnels ou de faire appel à des tradipraticiens, pour le traitement soit des symptômes courants soit même des maladies que l'on croit, à tort ou à raison, d'origine non-naturelle (mpese, mbasu ).

En plus de la familiarité avec les pratiques traditionnelles, il y a aussi la qualité de la relation thérapeutique qui peut être un facteur favorable. La participation des tradipraticiens ou l'utilisation des remèdes traditionnels dans le traitement des symptômes de Covid-19 sera d'autant plus acceptée par les malades que la médecine traditionnelle est d'utilisation très courante par la majorité des Congolais et que la plupart de ces malades ont déjà à un moment ou un autre de leur vie eu recours aux tradipraticiens ou aux remèdes traditionnels.

Dans le cas du Covid-19, il y a même deux éléments additionnels qui entrent en jeu pour expliquer la préférence par certains Congolais de la médecine traditionnelle pour le traitement du Covid-19. Il y a, en premier lieu, le déni: plusieurs Congolais continuent de douter de l'existence du Covid-19 ou du risque pour eux de l'attraper, convaincus qu'il s'agit d'une maladie des autres, nommément des étrangers, des Congolais qui vivent à l'étranger ou qui sont suffisamment riches pour voyager à l'étranger, de ceux qui sont au pouvoir et de ceux qui habitent dans le quartier chic de Gombe.

Le plus surprenant est que le déni de l'existence de la maladie existe même dan les rangs de l'élite intellectuelle. Il y a, en second lieu, la crainte de la stigmatisation qui fait que beaucoup de personnes testées positives préfèrent cacher leur état.

Dans les deux cas, le déni et la crainte de la stigmatisation, les remèdes traditionnels et les tradipraticiens deviennent des alliés stratégiques dans la mesure où ils peuvent traiter des symptômes du Covid-19 qui sont similaires à ceux de certaines maladies communes. L'utilisation de la médecine traditionnelle dans la lutte contre le Covid-19 pourra aussi s'inspirer de l'expérience des pays asiatiques qui ont mis à contribution leur médecine traditionnelle contre le Covid-19.

Exemples asiatiques

La Chine, la Corée du Sud et l'Inde ont fait un grand usage de la médecine traditionnelle dans la lutte contre le Covid-19. Par exemple en Chine, les Commissions de Santé de 26 provinces avaient officiellement déclaré que la médecine chinoise traditionnelle devait être utilisée en combinaison avec la médecine conventionnelle dans le traitement des patients du Covid-19.

Au 17 février 2020, la Commission Nationale de la Santé avait rapporté que 60.107 patients confirmés de Covid-19, représentant 85 % du nombre total des cas confirmés avaient été traités avec la médecine traditionnelle chinoise.

Et au 1 mars 2020, parmi les 303 essais cliniques en cours, 50 essais portent sur l'utilisation de la médecine traditionnelle. Il faut noter aussi que les Guides pour le diagnostic et le traitement du Covid-19 de la Commission Nationale de santé incluent des plantes médicinales, utilisées dans la médecine traditionnelle chinoise (Yang et autres, Int. J. Bio Sci 2020, 16/10)

En Corée du Sud, des patients Covid-19 ont aussi été traités avec la médecine traditionnelle. Selon l'Association de la Médecine Coréenne, 14.6 % de tous les patients confirmés de Covid-19 ont été traités gratuitement par la médecine traditionnelle. L'Association est en cours d'élaboration de Guides de traitement de médecine traditionnelle pour le Covid-19.

En Inde, où il y a aussi une tradition millénaire de diverses thérapies traditionnelles, le Ministre en charge de ces thérapies AYUSH (sigle pour Ayurveda, Yoga et Naturopathie, Unani, Siddha et homéopathie) a invité les tradipraticiens à soumettre leurs propositions de remèdes contre le Covid-19 à un Comité technique du Ministère, composé des spécialistes du département de biotechnologie, du Conseil National de la Recherche scientifique et industrielle, et des tradipraticiens AYUSH.

Ce comité évaluera l'efficacité et la sûreté des remèdes proposés. Au 14 avril 2020, plus de 2.000 propositions étaient déjà enregistrées.

Contexte Légal et Institutionnel en RDC

La médecine traditionnelle est officiellement reconnue en RDC depuis fort longtemps. La loi-cadre de la Santé publique promulguée en décembre 2018, fixant les principes fondamentaux relatifs à l'organisation de la santé publique, le rappelle dans son article 59 et confirme qu'elle est placée sous la tutelle du Ministère ayant la santé publique dans ses attributions (article 60).

L'article 57 stipule même que "le Gouvernement crée un service national des plantes médicinales". Il existe aussi des arrêtés ministériels portant organisation de la profession de praticien de la médecine traditionnelle, portant création d'un Programme National de Promotion de la Médecine Traditionnelle et des Plantes Médicinales (PNMT-PM) et portant organisation d'un recensement des tradipraticiens.

A côté de ce cadre légal, il y a aussi des structures organisationnelles d'encadrement des tradipraticiens, comme l'Union Nationale des Guérisseurs du Congo et le Conseil National des Tradipraticiens.

Quelques modalités pratiques

Dans les paragraphes précédents, nous avons décrit et analysé des raisons épidémiologiques, thérapeutiques, et socioculturelles pouvant justifier ou faciliter la contribution de la médecine traditionnelle dans la riposte contre le Covid-19. Nous avons même vu comment certains pays asiatiques avaient su tirer profit de leur médecine traditionnelle dans le traitement et le soin des malades. Mais, comment le faire concrètement en RDC?

Nous savons d'avance que beaucoup de gens utilisent déjà ou utiliseront les remèdes traditionnels pour prévenir ou traiter le Covid-19 pour eux-mêmes ou pour ceux qui leur sont proches. D'ailleurs, comme noté plus haut, la Commission Scientifique, mise sur pied par le Ministère de la Recherche Scientifique, recommande explicitement l'utilisation des plantes traditionnelles comme infusions ou dans les fumigations.

Il est donc urgent de renforcer, dans la communication, la pratique, autant que faire se peut, des gestes barrières, de la distanciation sociale et du port du masque pour ceux qui traitent ou se traitent avec les plantes médicinales.

Déjà, ces messages ne semblent pas suffisamment intériorisés, encore moins mis en pratique par la majorité de la population. Ils sont d'autant plus importants pour ceux qui utilisent ces plantes.

Il est aussi important de mettre en garde les tradipraticiens contre des allégations mensongères de certains d'entre eux sur l'efficacité absolue de leurs pratiques et remèdes contre le Covid-19, sur les abus dans ce milieu, sur les risques relatifs au dosage et sur la toxicité de certains remèdes traditionnels.

Le Ministère est supposé avoir une liste de tradipraticiens, conformément à un arrêté de 2013. Et il est supposé travailler en partenariat avec des guérisseurs traditionnels confirmés. Il existe, depuis quelques années en RDC, des expériences d'intégration de la médecine traditionnelle dans le système national des soins. A Kinshasa, au moins trois zones de santé tentent cette collaboration. La lutte contre le Covid-19 est une opportunité pour renforcer cette expérience au bénéfice de la population et des patients.

La recherche en sciences naturelles, biomédicales et sociales dans nos universités et centres de recherche doit de plus en plus porter sur des sujets relatifs à l'utilisation de la médecine traditionnelle de son efficacité et de sa sécurité. Quant aux deux médicaments à base des plantes traditionnelles déjà proposés par des Centres de recherche congolais, il est important qu'ils soient soumis au protocole rigoureux d'essais cliniques, selon les standards internationaux.

Le Président de la république a reçu les chefs des confessions religieuses pour les mobiliser en faveur de la sensibilisation contre le Covid-19. Le Ministre des Affaires Coutumières a récemment invité les chefs coutumiers à être des communicateurs du message technique sur la prévention du Covid-19 tel qu'officiellement défini.

Un tel appel devrait être lancé à tous les tradipraticiens pour être des communicateurs dans la prévention du Covid-19, et aussi de prêcher par l'exemple dans leurs interactions avec leurs patients et/ou leur entourage.
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