Les défis d’une théologie réaliste et contextuelle dans la perspective de Walter Kasper
mardi 11 septembre 2018

(Par Abbé Thaddée Kumakinga Kwakombe, Docteur en Théologie)

Docteur en Théologie, Abbé Thaddée Kumakinga Kwakombe publie, à travers les lignes qui suivent, un document intitulé : " les défis d’une théologie réaliste et contextuelle dans la perspective de Walter Kasper ". Cette publication est tirée de sa thèse de doctorat présentée en septembre 2017 à la faculté de théologie de l’Université catholique du Congo (UCC) à savoir " L’Eglise, Sacrement universel du salut à l’heure de la mondialisation. (Regard sur la Théologie de Walter Kasper) ". A travers cette thèse, le prêtre du diocèse de Mweka démontre que dans le contexte de mondialisation, l’Eglise ne doit pas simplement être un édifice ou encore avoir seulement pour mission l’évangélisation. L’Eglise doit développer des projets qui rentrent dans le cadre du développement individuel de l’homme et de l’amélioration de la qualité de la vie de toute la communauté en général.

Aujourd’hui, le cardinal Walter Kasper représente incontestablement une figure théologique remarquable. Il l’est tout à la fois par l’abondance de son œuvre scientifique et par la complexité des thèmes et problématiques qu’il aborde. Tout cela, pour un projet théologique que nous avons eu le plaisir de retracer dans notre thèse de doctorat d’où cet article est tiré. Et pour comprendre l’auteur et son œuvre, il convient d’essayer de cerner le souci de Walter Kasper pour un discours sur Dieu ; un discours d’orientation pratique, qui aide l’Eglise à rester fidèle à Dieu et à l’homme, dans un dialogue sincère et fructueux avec le monde en vue du salut intégral et éternel.
Cela est d’autant plus important que l’Eglise et la théologie traversent aujourd’hui une période de turbulence qui invite à se poser à nouveaux frais la question de la pertinence et de la crédibilité de la théologie. Tout en demeurant fidèle à son objet et à sa mission, celle-ci doit désormais tenir compte du contexte du monde d’aujourd’hui, marqué notamment par le développement des sciences modernes, l’ouverture œcuménique, le dialogue avec les religions non chrétiennes, l’exigence d’inculturation des diverses formes d’expression et de célébration de la foi dans des sociétés en pleine mutation etc. Ces nouveaux horizons ou paradigmes constituent autant de défis dans et à partir desquels la théologie est appelée à accomplir sa tâche aujourd’hui, en même temps qu’elle doit aider ces nouveaux aréopages à revêtir des formes concrètes susceptibles de faire advenir le salut de l’humanité.
Pour aborder ce problème épineux et urgent du rôle et de la crédibilité de la théologie dans le monde d’aujourd’hui et tenter une ébauche de réponse, nous nous référons surtout, dans cette contribution, à quelques repères fournis et glanés à travers l’œuvre immense et passionnante du théologien et Cardinal Walter Kasper. En particulier notre ébauche de réponse va s’efforcer de commenter trois grands critères mis en exergue par le théologien et Prélat allemand : l’ecclésialité, la scientificité et l’ouverture à l’avenir, avec une orientation pratique.

1. La théologie comme discours de / sur la foi et son orientation pratique
L’exigence d’une théologie contextuelle et réaliste devient plus qu’urgente de nos jours pour tous ceux qui se préoccupent de son avenir, de sa pertinence dans la vie sociale, ainsi que de son maintien dans le concert des sciences. Mais cette tâche est aussi délicate du fait que si l’on ne prend pas suffisamment de précautions dans l’orientation de la démarche, dans les méthodes d’approche et dans les références ultimes de la réflexion, on risque de ravaler la théologie, au mépris de son essence et de sa finalité, au rang d’un simple discours de type sociologique ou psychologique.
Afin d’aider la théologie à garder sa double fidélité à Dieu et l’homme, l’Ecole théologique de Tübingen en Allemagne a souvent mis en exergue trois orientations que nous retrouvons sous la plume ou du moins sous-jacentes à l’œuvre de l’un des disciples et représentants de cette prestigieuse Ecole de théologie, Walter Kasper.
Pour Walter Kasper, parler d’une théologie réaliste et contextuelle, c’est montrer comment cette science, loin de se renfermer dans des considérations purement académiques , doit s’ouvrir aux réalités concrètes de la société, réalités auxquelles sera confronté " un processus vivant de tradition et de communication dans lequel l’unique évangile de Jésus-Christ est interprété et actualisé " . De ce point de vue, la pratique de la théologie n’est ni une évasion par rapport au vécu des hommes, ni une fuite par rapport aux problèmes quotidiens, ni non plus une spéculation stérile. La théologie est, au contraire, un discours réflexif portant sur Dieu et sur son rapport aux réalités créées par lui ; ce qui permet souvent de dégager des responsabilités et des implications vitales et concrètes de la part des créatures . Une fois admise cette orientation générale, il reste néanmoins à honorer plusieurs critères d’un discours théologique pertinent, notamment : l’ecclésialité, la rigueur scientifique et l’ouverture aux questions du temps dans une perspective pratique .

2. L’ecclésialité
Il est intéressant d’écouter d’emblée ce rappel de la Commission Théologique Internationale : " L’un des critères de la théologie catholique est qu’elle prend la foi de l’Eglise comme sa source, son contexte et sa norme. La théologie tient en même temps la fides qua et la fides quae. Elle expose l’enseignement des Apôtres, la Bonne Nouvelle au sujet de Jésus-Christ ’selon les Ecritures’ … comme la règle et l’aiguillon de la foi de l’Eglise " .
Aujourd’hui comme hier et au-delà de la spécificité des Ecoles de théologie, ce cadre est essentiel pour une bonne théologie. Pour le théologien, obéir à ce critère d’ecclésialité, c’est puiser abondamment dans la tradition de l’Eglise. Ce ressourcement est important dans la mesure où " la théologie n’est donc possible qu’au sein de la communio de l’Eglise, sur la base et selon la norme de sa traditio vivante " , en se nourrissant des Ecritures saintes et en se référant au Magistère .
C’est à travers cette démarche que le théologien demeure fils de l’Eglise, de cette filiation qui appelle le fils à grandir, à se positionner au sein de sa famille et à lui apporter aussi sa contribution, en toute franchise et humilité. Ce chemin est celui qu’a emprunté Walter Kasper à travers ses réflexions, ses interventions, ses propositions et ses prises de position au sein de l’Eglise. Elles témoignent de la conscience du fait que le lieu propre de la théologie est à l’intérieur de l’Eglise, qui est rassemblée par la Parole de Dieu. L’ecclésialité de la théologie est un aspect constitutif du travail théologique, parce que la théologie est fondée sur la foi, et la foi elle-même est à la fois personnelle et ecclésiale .
Si le critère d’ecclésialité invite à la fidélité à l’Eglise, à sa tradition, à la vérité qui la sous-tend et à son enseignement, il convient cependant de remarquer que la fidélité à sa famille qu’est l’Eglise n’inhibe pas pour autant les capacités et les qualités scientifiques du théologien. Le service particulier que le théologien rend à son Eglise lui procure une position autonome ; la théologie est appelée sans cesse à garder sa rigueur scientifique, à être particulièrement critique vis-à-vis des conceptions et des pratiques même de l’Eglise . Autrement dit, pour continuer à être lumière des nations, l’Eglise a besoin des penseurs audacieux qui ’pensent par leur tête’, qui s’interrogent et interrogent même leur ’Mère’, pour espérer être encore crédibles aux yeux et dans la conscience de nos contemporains.
Toutefois cette audace n’est pas témérité . Elle est, au contraire, une audace dans la fidélité, une audace fructueuse pour un renouveau de la présentation et de la compréhension du caractère universel du salut qu’offre l’Eglise et, de ce fait, une audace pour la crédibilité de l’Eglise . Walter Kasper a pu écrire à ce sujet : " J’ai toujours tenté, autant que cela soit possible, de me pencher sur les questions historiques et les nouvelles interrogations exégétiques, d’interpréter la foi de l’Eglise à la lumière d’une confrontation critique et constructive avec la pensée moderne et de la rendre accessible au niveau spirituel et pastoral " .
Une telle exigence de confrontation critique est plus que nécessaire pour la théologie catholique, aux prises aujourd’hui avec un contexte pluraliste et dialogal. En d’autres mots, pour ne pas être un monologue, l’interprétation de la foi est appelée à s’épanouir de nos jours sans esquiver le dialogue ad intra et ad extra . Ce dialogue implique, non seulement une bonne volonté, de bonnes dispositions du cœur, mais aussi la connaissance des enjeux et des interlocuteurs pour mieux apprécier ce qui construit. A ce propos, Vatican II a déclaré avec raison que l’Eglise devait être prête à discerner ’dans les événements, les exigences et les requêtes’ du monde actuel ce qui pourrait être en vérité des signes de l’activité du Saint Esprit . Et cet exercice de dialogue et de discernement des signes de temps requiert des dispositions scientifiques solides, éprouvées et aguerries.

3. La scientificité
Comme on a pu l’entrevoir déjà à travers ce qui vient d’être dit plus haut, l’ecclésialité à elle seule ne suffit pas pour relever les défis qu’affronte aujourd’hui la théologie. Elle postule le concours de la scientificité, dans un échange où foi et raison se compénètrent pour donner sens à la vie dans un monde pluraliste et pluriel. C’est en s’ouvrant aux questions, aux méthodes et aux résultats d’autres sciences que la théologie peut arriver à interpréter certains phénomènes tombant sous le coup de son champ d’investigation, afin de bien les comprendre au bénéfice de sa propre finalité et de ses objectifs précis.
La scientificité invite le théologien à s’exercer au dialogue, non seulement avec ceux qui ne sont pas dans et/ou de l’Eglise, mais aussi avec sa propre famille ecclésiale pour lui proposer des chemins de renouveau susceptible de conduire à des pratiques ecclésiales crédibles et salutaires . Walter Kasper écrit à ce sujet : " l’Eglise en tant que communauté des croyants n’a jamais le droit de se comprendre comme une grandeur reposant sur elle-même. L’Eglise doit se dépasser constamment en direction de Jésus Christ. C’est pourquoi elle doit toujours de nouveau se retourner pour réfléchir sur son commencement : sur Jésus Christ, sa parole et son action, sa vie et son destin " .
A la suite de Walter Kasper, et dans la situation actuelle de l’Eglise, la scientificité est appelée à déployer trois orientations : une scientificité au service de l’Eglise, une scientificité au service du dialogue œcuménique et interreligieux, et une scientificité pour le salut de tous. En fait, le dialogue avec les autres sciences ne peut pas faire du théologien un rebelle par rapport à l’Eglise, mais bien au contraire un éveilleur de conscience. Sa ’poesis’ sera, dans ce cas, un ministère, c’est-à-dire un service ecclésial. En ce sens, comme théologien, on est appelé à s’appliquer à la tâche d’interprétation de la tradition vivante de l’Eglise, en dialogue avec les réalités du moment. Ce qui appelle un dialogue, une collaboration entre le théologien et le Magistère .
Walter Kasper nous éclaire sur cette scientificité au service de l’Eglise. A ce propos, il déclare, en parlant de la tâche de l’interprétation de la tradition par le théologien : " Cette tâche exige bien plus du théologien catholique qu’une obéissance purement extérieure, plus ou moins formelle, au magistère de l’Eglise. Cette obéissance sera toujours ressentie comme choquante et étrange si elle est isolée du tout, et si elle subsiste en quelque sorte comme son dernier reste. Alors elle devient de fait incompréhensible et pesante. En réalité, ce qui est nécessaire c’est un sensus fidei et un sentire ecclesiam d’ensemble qui ne sont possibles que par la vie dans et avec l’Eglise concrète, ses paroisses et ses communautés " .
En d’autres mots, la scientificité, pour le théologien, c’est cette étincelle de lumière qui, dans une maison déjà éclairée, apporte un surcroit de lumière dans un coin moins lumineux ; c’est aussi ce son de la musique qui seul ne suffit pas pour agrémenter toute la chanson, mais appelle le concours et l’harmonisation des autres de manière à produire quelque chose d’agréable, de bon et de consistant.
Mais la scientificité du théologien est invitée au dialogue œcuménique et interreligieux devenu, de nos jours, ce rendez-vous incontournable du donner et du recevoir. Plus qu’une invitation, la scientificité du théologien se veut un service au profit du dialogue œcuménique et interreligieux . La lecture des œuvres de Walter Kasper nous dévoile un fil conducteur dans ce chantier : il s’agit de la recherche de l’unité dans la vérité et la charité .
Il s’agit, bien sûr, d’un chemin sur lequel la théologie catholique est déjà lancée. Plus que cela, il sera question de lui donner toujours plus de dynamisme et de pertinence en y découvrant toujours davantage sa place au sein de ce dialogue. Et sur l’œcuménisme, Walter Kasper affirme, à propos du chemin déjà parcouru par l’Eglise et où elle en est actuellement que " nous n’en sommes plus là où nous avions commencé il y a quarante ans. De nouveaux problèmes et une configuration nouvelle de la scène œcuménique se profilent à l’horizon. Nous devons adapter notre travail en fonction de cette situation nouvelle. (Car) l’œcuménisme nous appelle sans cesse sur de nouveaux chemins " . L’œcuménisme, tout comme le dialogue interreligieux est une recherche de l’unité qui, bien comprise, apaise beaucoup de tensions, contribue à restaurer la dignité et/ou la responsabilité de la création et maintient l’Eglise ouverte au souffle de l’Esprit Saint .
La situation nouvelle de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux conduit inévitablement à la recherche de la paix, de la dignité, du respect, de la réconciliation, du bien-être et du salut pour tous. A ce niveau, la science théologique retrouve sa mission : trouver des moyens et des méthodes appropriés pour proposer la foi à tout le genre humain.
A ce stade, nous restons toujours sur l’itinéraire scientifique de Walter Kasper qui vise, au final, l’unité de tous dans le Christ. Pour tout théologien animé par la scientificité, cette unité est à construire à partir des diversités culturelles, confessionnelles, … Et c’est en suivant cette orientation de la recherche de l’unité de tous que Walter Kasper oriente aussi ses réflexions sur l’Eglise, sacrement universel du salut . De la sorte, la scientificité, pour le théologien, l’amène à proposer quelque chose de concret pour l’Eglise, afin qu’elle ne reste pas distante des problématiques contemporaines et de l’évolution des sociétés.
A tout bien prendre, il sera toujours vrai que la crédibilité de l’Eglise comme sacrement universel du salut lui vient de Jésus et sa fidélité à lui. Mais cette fidélité sera toujours à retrouver et à reconnaître, à partir de la visée christique, à travers les signes des temps déchiffrables à travers le service de la société qui passe par son écoute et aussi par une bonne interprétation des mutations qui s’y opèrent, sans perdre la référence à la Bonne Nouvelle. De cette façon, l’Eglise sera toujours crédible et pertinente pour les hommes.
De ce point de vue, nous ne pouvons nous empêcher d’affirmer que la crédibilité ne constitue pas un allant de soi pour l’Eglise ; elle est un perpétuel labeur, une tâche toujours nouvelle et actualisée qui, à la mesure de ses produits et ses fruits, est capable d’intéresser les gens, de les interpeller et même d’en ramener librement en son sein.

4. L’ouverture aux questions du temps avec une perspective pratique

La scientificité dans la perspective de Walter Kasper - et ceci convient à tout bon théologien soucieux de l’avenir de l’objet de sa science - a ceci de particulier : elle ne s’arrête pas seulement au présent, mais projette et se projette dans l’avenir ; un avenir riche de rencontres entre les hommes, et entre les hommes avec Dieu. Pour être riche d’avenir, la scientificité se doit d’être une responsabilité qui lutte et promeut la vie. Une science qui n’implique pas, dans sa prospective, la promotion de la vie et une vie bonne, paisible et solidaire n’en est pas une. Dans ce sillage, nous décelons, à travers la pensée de Walter Kasper que l’avenir, pour contribuer à la construction d’un monde solidaire, fraternel et juste, doit être un avenir de cohabitation, un avenir de paix et un avenir dans, avec et pour le Christ .
Théologiquement parlant, l’avenir n’est pas un saut dans l’inconnu opaque, ni une trouvaille à l’issue d’une procédure d’essais et erreurs ; l’avenir est cet horizon béat vers lequel nous avançons pour redécouvrir, libres, confiants dans le Christ et à sa suite, les merveilles de la création divine, le sens de notre responsabilité dans l’usage et la culture de ces merveilles, ainsi que notre vocation à devenir plus humains en Jésus-Christ.
En nous référant à Walter Kasper, nous affirmons que le visage d’homme de Jésus-Christ est une épiphanie du visage caché de Dieu. En ce sens, " Jésus-Christ est en personne la réponse aux questions fondamentales de l’existence humaine et la clé du sens de toute la réalité. En lui, Dieu s’est lui-même révélé à l’homme et a révélé l’homme à lui-même " . En suivant ce raisonnement, on ne peut s’empêcher d’affirmer que Jésus-Christ est, pour l’homme, l’expression la plus totale, la plus parfaite de son être ; il est le point de mire de son effectuation et de son devenir humain . Plus exactement, pour les chrétiens, Jésus-Christ demeure le modèle d’homme par excellence auquel toute personne humaine devrait se mesurer pour prétendre se hisser à la vraie et totale humanisation.
L’ouverture à l’avenir, pour Walter Kasper, se fait normalement sous l’éclaircie de Dieu révélé dans le Christ, car, "l’homme reste à lui-même une question ouverte, à laquelle il ne connaît pas de réponse. L’homme touche ainsi à un mystère impénétrable, bien plus, il est à lui-même un mystère. L’homme expérimente la transcendance comme son impossibilité constitutive de saisir sa propre expérience dans l’histoire " .
Cette dimension d’ouverture à l’avenir fait que Walter Kasper analyse toujours les faits en se posant la question de leur impact pour l’avenir. Cela l’a toujours amené à proposer la façon dont l’Eglise peut y assumer son rôle d’orienter selon Jésus, de se placer délibérément et décidément dans son imitation en le reconnaissant comme Seigneur . Un avenir où l’homme responsable ouvre la porte au Christ, afin que, dans une fidélité au maître de l’histoire, il se réalise toujours un dessein merveilleux de Dieu en faveur des hommes.
L’avenir donc, pour le théologien dans le sillage de Walter Kasper, ce n’est ni l’homme émancipé de Dieu, ni un Dieu solitaire.
L’avenir est principalement cette cohabitation, cette intimité entre Dieu et l’homme. Ce n’est pas pour rien que Walter Kasper affirme, en s’appuyant sur K. Rahner, que " dans tout acte catégoriel de connaissance et de liberté, l’homme se sent toujours dépassé et, au-delà de chaque objet catégoriel, renvoyé à un mystère insaisissable. C’est seulement par une anticipation de l’infini que le fini peut être reconnu comme fini, et la liberté n’est possible que là où elle a lieu. L’homme est ainsi selon sa nature l’impossibilité de se définir ramenée à elle-même, le renvoi de sa pauvreté à un mystère de plénitude " . Et ce mystère se donne à l’homme comme sa propre réalisation, dans le sens où l’homme serait la grammaire dont Dieu se sert pour se dire lui-même .
Cependant, cette cohabitation ne fait pas de l’homme un aliéné, un vagus. Mais bien quelqu’un qui prend en mains ses responsabilités et sa destinée, résolument déterminé à se réaliser pleinement dans l’histoire, celle-ci étant " l’horizon le plus vaste de toute compréhension et de tout comportement humain " . Ce qui postule un mariage entre responsabilité et liberté humaines .
Prendre en mains ses responsabilités et libertés, réaliser son destin, ce n’est pas question de théorie ; c’est aussi une combinaison réussie de la théorie avec la pratique. Et pour ce faire, il convient que la théologie, selon l’insistance propre à Walter Kasper, aie une finalité pratique et qu’elle ne reste pas dans la spéculation. C’est-à-dire, selon Walter Kasper, parvenir à une théologie " référée à ses conditions de détermination et à ses propres capacités de détermination " .
A ce niveau, une question se pose : comment, dans l’articulation entre responsabilité et liberté, peut-il encore y avoir de la place pour Dieu ; est-ce que la question du bien-être temporel ne remplace pas celle du salut ? Cette question, qui est le résultat d’un constat, a fait dire à Walter Kasper que " ’la transmission de la foi’ traverse actuellement une crise grave et pose presque partout problème. C’est la question existentielle à laquelle l’Eglise contemporaine se doit de trouver une réponse " . Heureusement que le thème de responsabilité, chez Walter Kasper, implique la notion de liberté .
La liberté pose le problème de l’ouverture à la transcendance de la personne finie. C’est tout en étant libre que la personne cherche à se réaliser pleinement. Ce qui postule des choix ou des options d’orientation. C’est justement dans le cadre de ces choix et options que la personne découvre qu’elle est appelée au dépassement, à aller toujours au-delà de soi.

Et pour Walter Kasper, dans le domaine fini, la personne est caractérisée par la tension entre le singulier toujours concret et incommunicable et son ouverture illimitée à l’ensemble de la réalité, en tant que esse subsistens intentionale .
Ainsi, poursuit Walter Kasper, " en vertu de sa dynamique vers la totalité de l’être, la personne ne trouve sa satisfaction dans rien de fini, ni dans les valeurs matérielles, ni dans les valeurs spirituelles, même pas dans les personnes finies. De là la quête et le dépassement perpétuel de soi, sans trêve ni repos de l’homme. Son accomplissement définitif, la personne ne peut le trouver que si elle rencontre une personne qui est infinie non seulement dans son existence intentionnelle, mais dans son être réel, quand elle rencontre une personnalité absolue " . Cette personnalité absolue est le Dieu de Jésus Christ.
Et puisqu’en allant à la rencontre de Dieu, l’homme y va avec ses problèmes et ses préoccupations, il est important que ces préoccupations de l’homme trouvent quelques propositions de sens et de solutions dans l’horizon divin. D’où, l’ouverture aux questions de l’heure constitue un atout majeur pour l’Eglise, afin qu’elle ne se sente pas dépassée par l’actualité ; en même temps, elle ne pourra pas non plus, sous prétexte d’être attentive aux questions de l’heure, sacrifier à toutes les modes de la civilisation contemporaine. Elle devra toujours garder une double fidélité : fidélité à Dieu, de qui elle puise les principes pour guider et conduire les hommes vers leur salut ; fidélité aussi à l’homme en situation qui cherche solution et dont la solution est proposée en interprétant, dans la vérité, les préceptes divins. A dire vrai, cette double fidélité nous amène à cette affirmation : si nous sommes fidèles à Dieu et à sa vérité, la transcendance divine elle-même, ainsi que sa vérité, constituent la voûte de protection pour la transcendance de la personne et de sa liberté .
Une telle théologie ouverte aux questions de l’heure, dans une double fidélité à Dieu et à l’homme, postule, pour sa survie, de s’émanciper de tout dogmatisme. Cette émancipation aura pour bénéfice d’offrir à l’intelligentsia une nouvelle manière d’aborder les questions théologiques en les mettant en dialogue avec plusieurs contextes et diverses ressources pouvant contribuer à donner plus de crédit et d’audience à la science théologique. Car, si on ne procédait pas de la sorte, on serait tenté de figer la théologie au domaine de l’indicible, de la renvoyer à la sacristie, de rétrécir la sphère de son sens au for privé ou d’en faire seulement un domaine réservé simplement aux candidats à la vie consacrée. Et pourtant, par ses multiples sources et connexions avec d’autres rationalités, la science théologique intéresse bien des personnes, même celles qui n’ont pas fait la théologie. Et c’est principalement le mérite de la théologie de Walter Kasper, mérite que nous voudrions placer à l’actif de tout théologien épris d’ecclésialité, de scientificité et d’ouverture aux questions de l’heure avec une orientation pratique.
En conclusion, il est important que la théologie, et par elle le théologien, s’arme de l’ecclésialité, de la scientificité et de l’ouverture aux questions de l’heure pour espérer apporter une contribution consistante au désenchantement du monde actuel. Pour y arriver, une exigence s’impose : " faire preuve d’une grande érudition, qui ne conduit ni au syncrétisme, ni au formalisme d’une lecture dialectique, mais au dialogue et au débat d’où émerge un projet original " : le projet d’une théologie qui soit véritablement au service de l’Eglise, sacrement universel du salut, lieu de l’unité dans la diversité .
Thaddée KUMAKINGA Kwakombe

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