Présidentielle 2018 : l’Opposition écartelée
jeudi 6 septembre 2018

*Aux lendemains du verdict de la Haute Cour, les ténors de l’Opposition sont divisés entre la dynamique unitaire et les agendas personnels.

Faut-il craindre le boycott du scrutin par l’opposition après la disqualification de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba, deux des principaux candidats à la présidentielle du 23 décembre prochain ? Les opposants seraient-ils solidaires à ce point ? Vingt quatre heures après l’invalidation de l’ancien Vice-président de la République, le Mouvement de Libération du Congo (MLC) a tenu une réunion dite de « crise » au cours de laquelle le parti cher à Jean-Pierre Bemba et ses alliés s’engagent à « évaluer, dans un bref délai, l’ensemble du processus électoral en vue de communiquer la décision de leur participation ou non au processus en cours ». En des termes voilés, le MLC n’exclut donc pas l’option du boycott.

Appel à une candidature unique
Ici et là les ténors de l’opposition continuent d’appeler à l’unité et à une candidature unique. En séjour à Bruxelles, Adolphe Muzito, un des six prétendants recalés à l’élection présidentielle, s’est entretenu avec Moïse Katumbi Chapwe, président de la plateforme électorale « Ensemble pour le changement ».
Toujours dans la capitale de l’Europe, un rendez-vous était prévu avec le président du MLC Jean-Pierre Bemba Gombo. Après la Belgique, l’ancien Premier ministre se propose, à son retour au pays, de rencontrer Félix Tshisekedi et tous les autres candidats, validés ou pas. But : arrêter une stratégie concertée pour donner une chance à l’alternance...

QUI VA SE DESISTER AU PROFIT DE QUI ?

Question : Qui va se désister et s’effacer au profit de qui ? En 2011, Etienne Tshisekedi avait dit qu’il ne s’était pas battu pendant une trentaine d’années pour rien.
Au point de faire dire à certains analystes qu’en RDC, l’option d’un candidat unique de l’opposition passe finalement pour une simple vue de l’esprit dans une opposition plurielle où chacun entend jouer sa partition pour avoir droit de cité dans la configuration politique de demain. Plus d’une fois, l’opposition a expérimenté ce genre d’alliances circonstancielles sans qu’elles puissent résister à l’épreuve du temps.
A moins de quatre mois de la date buttoir, les Congolais attendent de savoir qui de Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe et Samy Badibanga s’effacera au profit de l’autre. La partie est loin d’être gagnée.
A l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), les dirigeants préfèrent botter en touche, expliquant que c’est au Congrès- instance suprême du parti- qu’il appartient de prendre une telle décision, étant donné que c’est l’organe qui a investi Félix Tshisekedi candidat à la présidentielle du 23 décembre prochain. Et pour cela, il faudra attendre au plus tôt le mois de mars pour réunir un tel forum.
Pour nombre d’observateurs, faire valoir ce parallélisme de forme équivaut ni plus ni moins à ‘’un refus poli » de la formation chère à Fatshi de ne pas souscrire à l’éventualité de ce qui s’apparenterait à la politique de la chaise vide. Solidaire, le parti de la 11ème rue Limete compatit et condamne même la disqualification de ses partenaires de l’opposition.

UNE SOLIDARITE PLUS VERBALE QUE CONCRETE

Mais comme on peut le constater, cette solidarité est plus verbale que concrète. Même alors, l’UDPS ne pousserait pas cette solidarité ou unité jusqu’à se faire hara kiri, alors que le parti se trouve en pôle position. Après l’arrêt de la Cour constitutionnelle, l’espace politique de l’opposition s’est éclairci. Trois grandes figures de l’opposition émergent à savoir Félix Antoine tshisekedi, Vital Kamerhe et Samy Badibanga. Dans cette configuration, l’UDPS qui voit ses deux plus grands « rivaux » à savoir Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi hors course, n’a pas beaucoup de raisons de bouder les élections. Le parti tshisekediste n’y a même pas intérêt, estime un analyste.
Fatshi, dont la candidature n’a pas été recalée, revêrait même de voir l’option candidature commune de l’opposition se faire autour de son nom. En l’absence de « Ensemble « de Katumbi et du MLC de Bemba, l’UDPS en raison de son poids politique et de son ancrage sociologique voit le boulevard s’ouvrir devant soi. Il ne lui resterait qu’à convaincre l’UNC de Vital Kamerhe. Même si cela n’est pas gagné d’avance. Même si un autre enfant maison du nom de Samy Badibanga, qui dispose d’une clientèle certaine sur les mêmes terres, peut poser problème. Dans une élection à un seul tour, toutes les voix comptent.
Bien plus par rapport au MLC, il y a le précédent de 2006. Pour mémoire l’UDPS, par la voix de son leader charismatique Etienne Tshisekedi avait appelé à boycotter et le référendum constitutionnel et les élections. Le MLC, alors partie prenante aux institutions de la transition 1+4, n’avait pas suivi. Et le parti de feu Etienne Tshisekedi avait payé cher sa politique de la chaise vide. Dans la première législature de la 3ème République, l’UDPS Tshisekedi a été absente de tous les organes du pouvoir (Sénat, Assemblée nationale, assemblées provinciales et exécutifs provinciaux). Le fils a sans doute retenu la leçon. Didier KEBONGO

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