Le cas Bemba à l’épreuve de l’abc de l’Etat de droit
mardi 21 août 2018

* Fort de la jurisprudence Kabila, un analyste estime dans une tribune que le respect de la loi concerne tout le monde.

Aussitôt rentré en Europe, après son bref séjour en RDC, Jean-Pierre Bemba, menaces à l’appui, déclare à qui veut l’entendre que sa candidature à la Présidence de la République doit être acceptée et qu’il doit être élu.

« La justice élève une nation » dit-on. Bien plus que cette sagesse populaire, en ce XXIème siècle, toutes les nations veulent que les institutions qui les dirigent s’organisent autour de ce que, la sociologie politique et le droit ont convenu d’appeler État de droit.
L’État de droit est l’organisation que se donnent les nations qui veulent que les institutions et leur conduite s’organisent dans le cadre des règles préalablement établies et acceptées démocratiquement par tous. La démocratie, le système qui veut que le pouvoir émane du peuple et soit géré par ce même peuple pour les intérêts de ce peuple, se soumet elle-même aux règles de droits.
Le combat pour la mise en place et la consolidation de l’État de droit en République Démocratique du Congo date maintenant de plusieurs décennies. Des vies ont été brisées, certaines sacrifiées, pour que la nation congolaise s’intègre définitivement dans cette forme d’organisation de la vie collective. C’est, nous le savons, pour la démocratie et l’État de droit que M’Zee Laurent-Désiré Kabila et l’AFDL ont combattu la dictature mobutiste. C’est sous le faux prétexte de lutter pour l’État de droit, qu’en 1998, le RCD et le MLC avaient déclenché la guerre qui brisa le pays, dont il a fallu reconstruire l’unité.
Réunies à Sun City, les élites congolaises, du pouvoir, de l’opposition comme de la Société Civile, se sont mises d’accord pour organiser notre pays en une République Démocratique respectueuse des règles de l’Etat de droit.
La Constitution du 18 février 2006 ne précise-t-elle pas d’ailleurs dans son préambule : « Animé par notre volonté commune de bâtir, au cœur de l’Afrique, un État de droit et une Nation puissante et prospère, fondée sur une véritable démocratie politique, économique, sociale et culturelle » ?
C’est sous l’égide de la nécessité de respecter l’article 70 de la Constitution que la CENCO et tous les partis de l’opposition, pensant piéger le Président Joseph Kabila, ont placé leurs discours politiques ces dernières années.
Allant plus loin, le MLC créa autour de lui, le Front commun pour le respect de la Constitution. Y croyait-il vraiment ? Rien n’est moins sûr, au regard de l’attitude adoptée consécutivement par son leader fraîchement sorti de prison.
Pendant presque 3 ans, répondant à des questions de plus en plus insistantes, le Président Joseph Kabila est demeuré constant et ne s’est jamais départi de son engagement à respecter la Constitution. Afin de mieux combattre la corruption, la loi électorale précise en son article 10 que la corruption est une des conditions d’inéligibilité.
Il va sans dire que nous ne bâtirons pas un État de droit, nous ne respecterons pas le principe de la justice si notre exigence du respect de ces deux concepts clés s’arrête au niveau du Président de la République. Bien sûr que l’exemple doit venir d’en- haut, mais le respect de la loi concerne tout le monde.
Il est donc étonnant, voir fâcheux, de voir une personnalité qui se présente comme un démocrate, tout en se sachant condamné pour avoir amené un témoin, contre un quelconque intérêt, à pervertir la vérité, vouloir à tout prix présider à la destinée de notre pays.
À maints égards, la République Démocratique du Congo, notre pays, est une nation fragile. Nuit et jour, partisans du Gouvernement ou de l’opposition, nous dénonçons la corruption comme une véritable tare, voire une malédiction.

LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION DOIT ETRE, EN RDC, LE PLUS GRAND DES COMBATS.
Ce mal absolu ronge notre société au plus profond de son âme. C’est notamment à cause de la corruption que notre enseignement a perdu ses lettres de noblesse. Chacun est convaincu que la corruption mine la justice congolaise. Nous savons tous que c’est la corruption qui a mis à terre notre Administration Publique.Qui ne se souvient de nombreuses décisions prises ces dernières années pour combattre ce fléau ?
Qui ignore que la propriété foncière est devenue incertaine chez nous à cause de la corruption ? Qui ne sait pas que c’est par la corruption que des marchandises avariées entrent dans notre pays ? Comment alors comprendre, qu’au moment où les plus conscients des Congolais s’acharnent à lutter contre ce fléau, une personnalité, fut-elle brillante, mais ayant été prise la main dans le sac pour cause de corruption, prenne la tête de notre pays ? Il y a ici une véritable question de dignité et d’éthique.
Accepterions-nous de voir notre pays représenté dans les instances internationales par une personnalité ayant un casier judiciaire entaché d’une condamnation pour cause de subornation, cette infraction que le spécialiste en droit pénal congolais, le Professeur Emérite Nyabirungu considère comme étant le strict équivalent de la corruption ? Ce que vient confirmer un autre auteur de renommée en la matière, M. Georges MINEUR, en affirmant que « la subornation des témoins est la corruption exercée sur une personne pour la déterminer à faire une déposition contraire à la vérité ».
Que Jean-Pierre Bemba se soit empressé de venir à Kinshasa pour y déposer sa candidature n’est pas le fait du hasard. Il s’agit là, de la mise en œuvre d’une stratégie concoctée à l’aide des officines étrangères qui s’évertuent à vouloir affaiblir la République Démocratique du Congo. L’objectif de ce schéma est de piéger notre pays en plaçant à sa tête, un Président de la République frappé d’un sceau de la condamnation, donc faible, qui ne tiendrait son pouvoir que de la force de quelques complices situés dans les hautes sphères de la finance internationale. Il est, dès lors paradoxal et même choquant, que ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur de notre pays et pendant des années, n’ont eu de cesse de s’ériger en donneurs de leçons en matière de respect de l’État de droit,cherchent à présent, par des voies déguisées, à nous imposer un condamné pour subornation.
Dès lors que Jean-Pierre Bemba, contrairement à Joseph Kabila, n’a pas eu la dignité de respecter, par lui-même, les règles régissant l’État de droit, espérons que les institutions auront le courage de montrer que la République Démocratique du Congo, au travers de toutes ses Institutions, participe, avec intransigeance, à la démarche de l’instauration d’un véritable État de droit.
D’ores et déjà, il appartient aux institutions compétentes en la matière, de dire le droit. Le bon droit. K.M./Analyste politique

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