28 ANS APRES SA DISPARITION
Franco Luambo, toujours vivant dans les cœurs des mélomanes à Kinshasa
vendredi 13 octobre 2017

Ce fut un certain 12 octobre 1989 que mourait en Belgique, l’artiste musicien congolais Luambo Makiadi, dit Franco de mi Amor. 28 ans après sa disparition, ce héros de la Rumba Odemba congolaise est loin d’être oublié par les amoureux de la musique à Kinshasa comme dans bien d’autres villes du pays. Des thèmes développés dans ses chansons continuent à dominer la réalité quotidienne de beaucoup de Congolais.

C’est hier jeudi 12 octobre 2017 que le « grand maître Franco » a totalisé 28 ans dans l’au-delà. Abordés à cette occasion, les mélomanes kinois ont salué la mémoire de celui qui fut, pour eux, un véritable peintre de la société congolaise. Mieux, un éveilleur de la conscience des masses.
« On le savait souffrant en Belgique, certes. Mais nous étions loin d’imaginer que Franco pouvait mourir en ce moment-là. La nouvelle de la mort de cet artiste pétri de talent avait fait l’effet d’une bombe dans le pays. La mort a arraché à la musique congolaise l’un de ses plus grands ambassadeurs », rapporte un quinquagénaire.

PAS DE CEREMONIE OFFICIELLE
Guitariste, chanteur, auteur compositeur… Luambo Makiadi fut un personnage à multiple casquettes. Dès son entrée en scène, son franc-parler lui a valu une forte estime auprès du public congolais. S’inspirant des réalités quotidiennes, Franco fut l’un des rares artistes à prendre le risque de dénoncer les dérives des autorités politiques et administratives de l’époque.
Des Kinois interrogés se plaignent qu’aucune cérémonie officielle ne soit organisée en hommage à celui que d’aucuns considèrent, à raison, comme l’un des pères de la musique congolaise moderne. Aussi bien coté Ministère de la Culture et des Arts que dans les milieux des musiciens congolais.
« Je crois que les autorités politico-administratives qui ont en charge la culture et arts doivent mettre en place une politique de la pérennisation de la mémoire des grands artistes disparus. Ils font partie du patrimoine culturel national. A ce titre, leur mémoire doit être perpétuée », ont indiqué des mélomanes trouvés au quartier Matonge.
« Franco est mort, certes. Mais il faut reconnaître qu’il reste immortel à travers ses multiples œuvres musicales léguées à la postérité. Il continue à vivre grâce à sa musique que nous écoutons tous les jours. La mort l’a arraché prématurément à notre affection. Des titres comme Mario, Basi ya bilongi mabe… continuent à faire notre bonheur jusqu’à présent », rapporte un contemporain au trépassé.

LE MORALISATEUR
Dès l’enregistrement de ses premières chansons en studio, « Bolingo Béatrice » et « Liliane », Franco a commencé à se faire une réputation grandissante auprès des mélomanes congolais. Il lui a fallu quelques années de plus (1958-1959) pour marquer son temps par bien d’autres titres de proximité, inspirées de la vie quotidienne.
« Jusqu’à la dernière seconde de sa vie, Luambo Franco est demeuré un véritable moralisateur des masses, éducateur, patriote engagé, éveilleur des consciences, voire un révolutionnaire », affirme un critique littéraire, auteur de plusieurs ouvrages sur la musique congolaise.
Franco a laissé derrière lui une grande discographie. Des amoureux de l’art d’Orphée, abordés hier, se sont souvenus des titres comme, « Muana na nga batela ye, Bozoba nini muana muasi oyo, Kenge Majos et Majos Moke, Franco akendaki na mobembo, Nakoma mbanda ya mama ya mobali nanga, Bandeko ya basi balingaka basi ya bandeko mibali te, Yaya Simon, Mario, Sida… ».

UN GUITARISTE ENDIABLE

En 1987, une rumeur selon laquelle Franco est sérieusement malade, attriste ses fanatiques à travers le monde. Interviewé sur le lit de l’hôpital, l’artiste a promis de revenir au pays, reprendre ses activistes artistiques. Il est bel et bien revenu, le 15 octobre 1989, mais dans un cercueil, au milieu de la consternation et des pleurs de ses mélomanes.
Un deuil national de quatre jours lui sera consacré par le Gouvernement de l’époque, au terme duquel, l’artiste a été élevé, à titre posthume, au rang de « Grand Cordon de l’ordre national de Léopard ».
« La mort des grands hommes devient un grain. Au moment où tu quittes ce monde captif des péchés pour t’installer dans le Royaume de Dieu et, contrairement à une opinion répandue et admise gratuitement, il me plait de rappeler sur ton sujet que tu ne dérangeais pas, tu interpellais plutôt », déclarait le révérend Abbé Ntoto, officiant principal à la messe de suffrages dite en mémoire de l’artiste dans la Cathédrale Notre Dame du Congo.
Le Ministre de la Culture et des Arts de l’époque, Ngongo Kamanda, a, à cette occasion, indiqué que la grandeur de l’artiste qui partait, résidait dans son cœur généreux. « Compositeur prolixe, provocateur, insatiable, imprévisible, craint et adulé, Luambo a été à tous les rendez-vous et à toutes les échéances de la révolution », a-t-il affirmé
Il y a de quoi affirmer que la Nation congolaise se souviendra toujours de Luambo Makiadi Franco. Célébrant le 26ème anniversaire de sa disparition, en 2015, le gouvernement Matata avait organisé une série d’activités en son honneur, sous le thème « Franco immortel ».
Des colloques scientifiques, des publications intellectuelles, des concerts populaires et bien d’autres activités avaient été organisées à cet effet. Le tout s’était clôturé par l’inauguration de sa statue érigée à la place des artistes, en plein cœur de la capitale.
Orly-Darel NGIAMBUKULU

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