AU COURS D’UN ENTRETIEN AVEC DES JEUNES DE LUBUMBASHI
François Muamba : "Il n’y a pas d’alternative à l’alternance"
mercredi 13 septembre 2017

* "Une élection présidentielle est encore tout à fait envisageable cette année", estime le leader de l’Adr.

Une des éminences grises du Rassemblement, François Muamba redonne de la voix, après un long moment de silence. Abordé par des jeunes de Lubumbashi, le Président de l’Alliance pour le Développement et la République (Adr) éclaire leur lanterne sur les élections en RDC, l’alternance tant réclamée, la résolution de la crise politique…’’Forum des As’’ publie ci-dessous l’intégralité de cet entretien.

Est-il possible que le scrutin soit organisé en décembre prochain, comme le stipule l’Accord de la Saint Sylvestre ?

Une élection présidentielle est tout à fait envisageable encore cette année. Pour une raison simple. Il n’y a pas autre chose que la volonté politique de le faire. La circonscription est unique. Il n’y a pas de répartition de sièges. Si nous voulons, nous le pouvons. Et compte tenu du fait qu’au niveau de la communauté internationale, tout le monde est d’accord pour créer les conditions à partir desquelles la RDC, notre pays, puisse éviter le chaos, l’argent sera (mobilisé)…Il n’y a aucune barrière à ce que cette élection présidentielle puisse se faire si nous en avions la volonté.

On reproche à votre camp de réclamer les élections, sans le Kasaï. Qu’en est-il au juste ?

Au Rassemblement, nous n’avons jamais dit qu’il fallait y aller sans le Kasaï ! Mais, peut-on, à ce stade - et c’est la seule chose que nous demandons à M. Nangaa - savoir où on en est avec ce processus d’enrôlement, d’une manière précise ? Le Kasaï, d’accord, ce n’est pas encore fait. Mais, qu’est-ce qui a été fait et où en est-on exactement ? Voyez-vous, parler du Kasaï d’une manière générique,et ensuite tirer n’importe quel type de conclusion du type : "Oui, on va le faire en 2018, on va le faire en 2019... ".
Mais, si nous savions, et c’est cela qu’on demande où ce processus en est exactement, nous pourrions alors poser la question suivante : combien de temps faudrait-il pour le Kasaï ? Et en ce moment-là, tout le monde se rendra compte qu’on parlerait de semaines, et de mois et non pas, comme nous l’entendons là. Un discours qui, en réalité, a été conçu pour permettre au chef de l’Etat actuel de pouvoir allègrement (glisser). Mais moi, je dis : "Ce n’est plus glisser, c’est chercher à faire du ski. Donc, soyons sérieux ! Le Kasaï pris à part, c’est une question de semaines. Et donc qu’on arrête d’essayer de nous faire gober n’importe quoi !"

Que suggérez-vous pour résoudre la crise politique actuelle ?
Le président Giscard d’Estaing disait : "Quand un problème est complexe, il faut le subdiviser en petits problèmes, qui sont, eux, abordables. Et la résolution, d’une manière consécutive et successive de chacun de ces problèmes, permet de résoudre l’ensemble du problème complexe".Une fois de plus, nous avons besoin d’avoir des élus à tous les niveaux. Mais, rien de tout cela n’est envisageable, si nous n’avons pas un Président de la République légal et légitime. On ne l’a plus, commençons par là. Si nous avons résolu ce problème-là, le reste peut effectivement être résolu dans la tranquillité, la quiétude, alors que maintenant, nous sommes dans une situation - je ne sais pas si vous vous en rendez compte tout de même - un pays sans président légal, sans président légitime, où allons-nous ?
Il ne s’agit donc pas ici d’occulter quoi que ce soit. Il ne s’agit pas ici de permettre à qui que ce soit de glisser. A la tête du Sénat, M. Kengo vient de totaliser deux mandats. Si donc nous commençons à aller dans ce sens, on n’aura résolu aucun de problèmes dans dix ans. Et c’est complexe ! Commençons par quelque chose qui, si c’était résolu, permettrait de résoudre le reste. Nous pensons, nous, au Rassemblement, que l’élection présidentielle est codifiée dans la Constitution. Commençons par respecter la Constitution pour pouvoir avancer. Voilà ! Il ne s’agit pas d’occulter, mais de créer des conditions à partir desquelles l’essentiel est résolu.
Depuis quelques mois, des mouvements des jeunes sont devenus très actifs en ligne. Soutenez-vous ces associations ?

Si je suis en ligne, je constate que les mouvements citoyens constituent notre avenir à tous. Le Congo appartient aux Congolais, parfois organisés en partis politiques ou en associations. Mais quand on dit Congolais, ce n’est pas par rapport aux opinions des uns et des autres qui structurent les organisations politiques. Lorsque la société civile se lève, c’est là le vrai Congo qui se lève. Au-delà de tous les aspects partisans, je soutiens ce processus, souvent mené par notre jeunesse.
En ce qui concerne la dernière manifestation de Paris, avec le document que tout le monde est maintenant d’accord pour entériner, il est clair que ce manifeste a vocation à être signé par la totalité de personnalités et de structures politiques, de manière à ce que véritablement, le signal fort puisse être donné à notre peuple. A savoir que, s’agissant de l’impératif du respect du Pacte républicain, ce sont deux mandats, point final. Faire respecter cela, quitte à actionner l’article 64 de notre Constitution, il n’y a personne qui va transiger là-dessus.
Ce signal, nous devons l’envoyer. Et je le repète, je soutiens totalement ce mouvement. Et d’ailleurs dans les semaines qui viennent, s’agissant de la formalisation en terme de signature, je pense que notre peuple va assister à ce processus qui est en train de s’organiser en ce moment, de manière à ce que les choses soient très claires. Il n’y a pas un agenda pour un parti politique, ou un groupe ou une plateforme donnée, autre que ce que le peuple veut. Etceque le peuple veut, c’est ce qui est exprimé par sa Société civile en termes d’association.
Comment entrevoyez-vous l’alternance après l’échéance électorale ?

Sachez, tout d’abord, que le président Kabila ne partira pas de lui-même.Je croisquec’estun secret de polichinelle. Maintenant, tout le monde a compris.Ainsi, sur le plan nationalet international, nous devons nous mettre debout et agir. Poser des actes pour que le Président comprenne qu’en effet, il n’y a pas d’autre alternative pour la nation congolaise que l’alternance.

Comptez-vous refaire alliance avec le MLC ?

Non. Le MLC, c’est une partie de ma vie. Oui, c’est une pépinière du pouvoir. Je sais moi ce que Jean-Pierre Bemba a voulu faire. Je ne sais pas s’il l’a fait, s’il a pu le faire ! Nous, on s’est rapproché du projet. Mais, un jour de juillet 1999, quand j’ai atterri à Gbadolite, que venait de prendre Jean-Pierre Bemba, je me souviens de la première phrase qu’il m’avait dite : "Sauvez le Congo, François. Si ce n’est pas nous qui le faisons, personne d’autre ne le fera".Il y avait donc là une vision et un projet. Et donc, un jour, si on a un peu plus de temps, nous pourrions parler du projet et de la vision en ce qui concerne le MLC. Interview rendue par Y. K.

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