CHEFFE DE BUREAU UNICEF A MBUJI-MAYI
Consolata Buhendwa : "J’exulte quand l’Unicef aide un enfant à retrouver sourire entre les mains de sa mère"
lundi 21 août 2017

Engagée dans la cause humanitaire, Mme Consolata Buhendwa milite depuis plusieurs années pour la défense des droits des enfants. A 51 ans, cette cheffe de bureau au Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï Oriental, ne se lasse de mener des actions d’envergure pour redonner du sourire aux mineurs qui vivent des situations précaires dans des zones des conflits. A l’occasion de la Journée humanitaire mondiale, célébrée ce lundi 19 août, ’’Forum des As’’, vous livre les confidences de cette femme qui a voué sa vie pour ses compatriotes en détresse.

Madame Consolata Buhendwa, en quoi consiste votre travail au sein de l’Unicef à Mbuji-Mayi ?
Spécialiste programme, je suis cheffe de bureau à l’Unicef dans cette ville de la province du Kasaï Oriental. Je m’occupe, d’une part, de la gestion administrative de ce bureau (Opérations, Finances, RH, logistique…). Mais, mes activités journalières sont aussi marquées par le suivi des activités de management (réunions, rencontre avec les autorités politiques et administratives, réception de différents partenaires et bailleurs) et programmatiques (suivi des indicateurs des programmes d’urgences et régulier du bureau).

Exercez-vous réellement le métier que vous avez voulu ?
Aujourd’hui, en tant que cheffe de Bureau dans le Kasaï, la coordination des interventions des programmes Nutrition, Eau Hygiène et Assainissement a été le point d’ancrage de ma collaboration avec le Gouvernement Britannique, à travers le financement DFID desdites activités dans les provinces de la Lomami et du Kasaï Oriental. Bien avant mon arrivée dans le Kasaï, pendant plus de sept ans, j’ai travaillé à Bukavu et à Goma en qualité de spécialiste Urgence - stabilisation. Et grâce aux financements des britanniques, j’ai sauvé des vies de multiples filles et garçons de l’Est de la RDC, et spécifiquement dans les zones en conflits et celles les plus reculées.

Vous attendiez-vous un jour à œuvrer comme humanitaire ?
Travailler pour les vulnérables était mon souhait depuis mon jeune âge. Ayant moi-même vécu dans une situation de vulnérabilité, je me considère aujourd’hui comme le résultat du travail des personnes qui ne sont même pas de ma famille, ni de ma nationalité, mais qui m’ont aidée à trouver de quoi me nourrir et des fonds pour payer mes études. Ils m’ont aidée à grandir et à devenir ce que je suis aujourd’hui. J’ai personnellement passée une enfance difficile et des bienfaiteurs sont venus à ma rescousse ! Pour ces raisons, je ne supporte pas de voir quelqu’un violer le droit d’un enfant ou d’une femme, ou encore de les faire souffrir. C’est pourquoi je veux continuer à défendre, jusqu’à mon épuisement, les droits de l’enfant dans d’autres pays et zones les plus pauvres. Je n’hésiterai pas d’aller dans des zones les plus reculées, où les enfants et les femmes n’accèdent pas à leurs droits les plus fondamentaux. C’est mon souhait le plus ardent.

Comment votre travail aide-t-il les populations locales ?

Mon travail contribue à réduire les privations des enfants. Notamment en les aidant à avoir accès à une justice équitable et adaptée à leur âge et statut. Aussi, nous les aidons à avoir accès à une bonne éducation, à des soins de santé de qualité, à l’eau potable, à une alimentation adéquate pour une croissance harmonieuse avec tous les services nécessaires pour l’équité. Notre contribution permet aussi de réduire le nombre d’enfants marié avant l’âge légal, d’apporter une réponse holistique aux enfants victimes de violences sexuelles et de faire en sorte que les enfants ne soient exposés aux pires formes de travail.

Quelles sont les contraintes qui rendent votre travail difficile ?
La difficulté de répondre aux droits fondamentaux des enfants, le souci de voir un enfant ou une femme s’éteindre sans pourvoir l’aide… Par ailleurs, la faible appropriation des acteurs étatiques de principaux droits fondamentaux de l’enfant et le faible financement des secteurs sociaux permettant l’accès à des services de qualité sont autant de défis que je rencontre dans l’exercice de mes fonctions. A cela, s’ajoutent la destruction méchante, par les parties en confit, des infrastructures sociaux de base, privant des communautés entières et, principalement, les enfants des soins de santé et de l’accès aux écoles. Ce sont des choses que je n’arrive pas à comprendre...
Mais, y a-t-il des aspects qui suscitent votre satisfaction ?
Malgré les difficultés enregistrées, notre satisfaction est manifeste lorsque nous réalisons la possibilité de travailler dans un secteur qui contribue au développement de l’enfant dans son intégralité, en agissant principalement à trois niveaux. Sur le plan macro, les instruments juridiques mis à notre disposition nous permettent de faire en sorte que les enfants, détenteurs de droits, puissent avoir accès aux services sociaux de base. Au niveau meso, il y a la participation au renforcement des capacités des acteurs et prestataires de service. Et au niveau micro, nous saluons la facilitation de la mise à disposition des services importants pour l’enfant, permettant leur bien-être… Personnellement, voir un enfant qui était désespéré, sourire entre les mains de sa mère, ou de ses proches après une intervention faite par l’Unicef, est pour moi un motif de satisfaction.

Vous souvenez-vous d’un fait exceptionnel qui vous pousse à être fière de votre travail ?

J’ai été très fière d’avoir réussi à convaincre un groupe d’une église résistante à la vaccination, pendant plusieurs années. Au finish, cette communauté a accepté de faire vacciner tous ses enfants, grâce à mon plaidoyer.
Et les moments les plus éprouvants dans votre rôle ?
Quand j’ai vécu des situations d’injustice sans être capables de trouver une solution. Aussi, je souffre de voir un enfant mourir quand les parents ne sont pas capables de l’amener tôt à l’hôpital et lui offrir des soins primaires dans un centre de santé. De même, voir un enfant mourir de faim me touche profondément.
Comment vos proches (parents, enfants, famille…) perçoivent-ils votre travail ?

Malgré mon éloignement avec ma famille, les différents membres ont une très haute appréciation de ma vie professionnelle et de mon travail de tous les jours, car ils estiment que ce travail contribue à mon épanouissement intellectuel et émotionnel. Avec une grande famille de 5 enfants, dont 4 filles et 1 garçon (le dernier a 19 ans), je réponds facilement aux besoins socioéconomiques de toute ma famille, grâce à mon travail.
Vous travaillez dans une zone qui a connu récemment des affres orchestrées par des groupes armés. La réponse humanitaire est-elle été à la hauteur ?

La crise humanitaire en cours dans les Kasaï a aggravé la situation déjà précaire, avec d’énormes défis à relever pour y répondre. Dans le cadre de l’appui aux urgences, depuis le début de l’année 2017, l’assistance apportée aux personnes affectées par la crise reste encore insuffisante. Le faible niveau de financement est un facteur limitant la réponse aux besoins humanitaires de plus en plus croissants. La réponse à l’urgence aujourd’hui dans nos zones d’interventions devra bénéficier d’appui sur les acquis des programmes réguliers. Ssi la situation sécuritaire s’améliore, mon souhait est que les projets d’urgences en cours dans les Kasaï puissent être un tremplin pour le relèvement des communautés en mouvement, et passer vite aux programmes de transition. Et puis, ceux de développement. Cela demande de l’abnégation, du courage et du soutien de la famille et des collègues.

Interview réalisée par Yves KALIKAT, avec le concours de l’Unicef et de la Coopération britannique

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